AàC : L’écriture du « Nord du Nord » : construction d’images, confrontation au réel et positionnement dans le champ littéraire

Colloque à l’Université de Lorraine, Nancy (France), 15-17 novembre 2018

organisé par le Centre d’Etudes Germaniques Interculturelles de Lorraine (CEGIL), en collaboration avec le laboratoire Littératures, Imaginaire, Sociétés (LIS), et de la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique de l’Université du Québec à Montréal

(Date limite pour l’envoi de propositions de contribution : 31/03/2018)

Depuis les années 1970, dans le cadre du repositionnement de la géographie dans le domaine des sciences humaines, les recherches portant sur les notions de « nord » et de « nordicité » se sont beaucoup développées, entre autres à partir des travaux de Louis-Edmond Hamelin, spécialiste du Nord canadien. L’idée d’un « Nord » englobant l’ensemble de l’espace circumpolaire, uni par des caractéristiques communes et faisant l’objet de représentations similaires, s’est peu à peu imposée. Chaque région particulière concernée était désormais étudiée en tant que partie intégrante de cet ensemble.

Que faut-il entendre, dans ce contexte, par « Nord du Nord » ? Le terme de « Grand Nord » nous paraît trop vague, étant donné, notamment, qu’il ne désigne pas les mêmes territoires chez tous les auteurs. Le choix de l’expression « Nord du Nord » veut attirer l’attention sur le caractère à la fois relatif et absolu des notions de nord et de nordicité. Pour un Sicilien, Milan est une ville « du Nord », alors que c’est une ville « du Sud » pour un Hambourgeois. En Scandinavie, l’Allemagne a été longtemps vue comme « le grand voisin du sud ». Cependant, à partir d’une certaine latitude, lorsqu’on approche du pôle et qu’on sait qu’il ne sera plus possible d’aller encore plus loin vers le nord, celui-ci devient un absolu, qui se manifeste objectivement par le climat, la végétation ou la durée du jour et de la nuit. Alors que les notions d’est et d’ouest reposent sur une convention géographiquement arbitraire héritée d’une histoire européocentrique, voire, selon Edward W. Said, principalement britannico[franco]centrique (si le méridien 0° était celui d’Irkoutsk et non celui de Greenwich, New York serait en Extrême-Orient, ce qui serait en soi aussi justifié ou injustifié que la situation actuelle), la position des pôles est une donnée de la géographie physique.

Il peut sembler que ce soient toujours d’autres qui vivent au Nord – ou au Sud – et que chaque groupe humain voie spontanément la terre qu’il habite comme le centre du monde. Mais à cette vision de soi s’en oppose une autre, le découpage mental de la planète plus ou moins fortement imposé par des groupes plus larges. Ainsi les Siciliens et les Scandinaves, qui se considèrent comme des Européens, se perçoivent en tant que tels respectivement comme des Méridionaux et des Nordiques (de l’Europe), rarement comme des Nordiques de l’Afrique ou des Méridionaux de la Laponie. Les Scandinaves ont ainsi élaboré des images d’eux-mêmes comme Nordiques. Il n’en reste pas moins qu’aux yeux des habitants de la partie la plus peuplée de la Scandinavie, les régions situées à des latitudes plus élevées constituent des espaces distincts de leur propre espace de vie. Ce sont ces espaces que nous appelons le « Nord du Nord », expression renvoyant donc à une construction mentale subjective et à une réalité objective : elle désigne d’une part ce qui se trouve au nord de ce que, dans les régions appartenant au centre plus ou moins auto-proclamé de l’Europe, on appelle le Nord, d’autre part les territoires au nord desquels il n’y a plus de zones habitées, ou ces zones inhabitées elles-mêmes.

Si l’on entreprend d’aborder le « Nord du Nord » par les textes, les récits de voyage, le média par lequel se sont faits historiquement les premiers contacts avec le monde concerné, semblent s’imposer comme champ de recherches. Ils posent toutefois immédiatement les problèmes qu’on rencontre avec tout document, écrit ou image, dont l’objectif affiché est de rendre compte d’une réalité étrangère aux lecteurs ou spectateurs auxquels il s’adresse : l’auteur, d’une part, découvre des choses inhabituelles à travers sa propre subjectivité, n’en perçoit pas certains aspects, accorde à d’autres une importance qu’ils n’ont peut-être pas, et fait d’inévitables erreurs d’interprétation, d’autre part, comme l’ont montré les théories de la réception, il adapte son compte rendu à son public cible.

Il ne faut par ailleurs pas oublier une évidence : le récit de voyage au sens strict est précédé par un voyage. Or, quand le voyage a pour destination un lieu particulièrement difficile d’accès, il suppose presque obligatoirement l’implication directe ou indirecte de la société qui entoure le voyageur. Cela est évident au 19e siècle et au début du 20e siècle, mais l’est aussi à d’autres époques. Derrière les grandes explorations de terres inconnues, il y a des idéologies, ou plus simplement des modes. Il y a des connaissances scientifiques et des instruments techniques sans lesquels elles seraient impossibles, des financements, qui atteignent le plus souvent des sommes élevées, tout aussi indispensables. Il y a des individus et des groupes sociaux enthousiasmés par l’entreprise et qui lui apportent un fort soutien psychologique. D’où l’intérêt d’un examen des données historiques, politiques, sociales, scientifiques qui entourent les expéditions vers le « Nord du Nord ».

Cependant, si les récits de voyage portent la marque de la mentalité du lieu, de l’époque, de la classe sociale dont sont issus ceux qui les ont faits, il serait erroné de leur dénier pour cette raison toute valeur informative dans le contexte de leur parution, qu’ils contribuent aussi à modifier. L’hypothèse selon laquelle la plupart de ces textes s’inscrivent dans leur temps sans en être un simple produit passif pourrait ouvrir une perspective intéressante pour aborder leur analyse.

L’auteur d’un récit de voyage construit une image des contrées où il se rend. Il est parti avec certaines représentations préconçues. Mais il a aussi été – plus ou moins, selon les cas – confronté à la réalité locale, ce qui peut modifier le regard qu’il portait a priori sur les choses. Les faits ont la réputation d’être têtus. Ils le sont particulièrement dans les pays très froids, où une erreur d’appréciation de la réalité peut coûter la vie. Le processus de découverte semblerait s’opérer sous l’effet de deux vecteurs, à savoir la construction mentale préexistante et la confrontation au réel, dont la résultante serait le récit du voyage. Il conviendrait d’étudier ces deux vecteurs et leur interaction.

Les récits de voyage ne sont toutefois pas seuls à l’origine de l’image du « Nord du Nord » dominante dans telle ou telle société, ils ne jouent peut-être même pas le premier rôle dans la constitution de cette image. La fiction, ou les spéculations de toutes sortes, ne se privent pas de parler de ces contrées, d’y situer les histoires racontées, de les décrire, de les juger. Les terres lointaines sont évoquées parfois à partir d’expériences vécues, ou sur la base d’informations de deuxième ou troisième main, ou tout simplement de représentations collectives répandues.

Il faut évidemment s’intéresser aussi aux productions textuelles du Nord du Nord lui-même. Les régions concernées étant peu peuplées – et pour certaines, dépourvues de population – elles n’ont produit qu’un nombre relativement modeste de textes, écrits ou transmis oralement, qui en outre, jusqu’à une date assez récente, étaient quasiment inconnus en-dehors des lieux où ils étaient nés. Pour ne prendre que deux exemples : si l’on excepte quelques cas isolés, la littérature same ne commence à être publiée qu’au début du 20e siècle, et, pendant longtemps, elle n’est – un peu – lue qu’en Scandinavie ; quant à la littérature inuite, c’est à la fin du 20e siècle seulement qu’elle commence à être diffusée. (Les premières traductions de textes littéraires groenlandais en français ont été publiées à partir de 2015 par les Presses de l’Université du Québec sous la direction de Daniel Chartier.) Ces littératures sont sans doute comme les autres mues par des forces divergentes, faisant de l’espace où elles sont nées le centre du monde et reprenant, ou subissant, ou assumant, ou contestant les représentations de cet espace émanant de l’extérieur. Au moment où la poésie et les récits venus du Nord du Nord deviennent enfin accessibles à un public plus large, on peut avantageusement les inclure dans une analyse des textes qui portent sur cette partie du globe.

Un auteur peut bien sûr créer par l’imagination un pays censé appartenir au « Nord du Nord », loin des stéréotypes, mais aussi de la réalité. Les régions que peu de gens connaissent se prêtent naturellement à l’invention de mondes situés au-delà du réel. Comment les contes, la science-fiction et la littérature fantastique utilisent-ils ces zones inconnues de la terre ?

Entre les auteurs de fiction et les écrivants-voyageurs (tous n’étant pas obligatoirement des « écrivains » au sens traditionnel), il y a dans bien des cas des échanges. Un écrivain qui se propose de faire du « Nord du Nord » le cadre d’un roman lit souvent les récits des explorateurs. Il arrive que le romancier se rende lui-même sur les lieux, voire que la publication de son roman soit précédée ou suivie de celle du récit de son voyage. La comparaison des deux textes peut dans ce cas aider à éclairer les rapports complexes entre réalité, perception de la réalité, règles régissant le champ littéraire et création littéraire.

Le colloque prévu s’inscrit dans la continuité des études portant sur les espaces les plus nordiques qui se sont développées depuis une vingtaine d’années dans le domaine des études littéraires et des sciences humaines. On peut citer, parmi d’autres, le Graduiertenkolleg (centre d’études post-doctorales) Imaginatio borealis de l’université de Kiel, qui publie depuis 2001 la revue Imaginatio borealis – Bilder des Nordens, Arctic Discourses, publié sous la direction d’Anka Ryall, de Johan Schimanski et de Henning Howlid Wærp (Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, 2010), le numéro Arctic Modernities de Acta Borealia : A Nordic Journal of Circumpolar Societies (33, 2, 2016), le recueil Le lieu du Nord, paru en 2015 aux Presses de l’Université du Québec sous la direction de Stéphanie Bellemare-Page, Daniel Chartier, Alice Duhan et Maria Walecka-Garbalinska et les trois volumes – pour l’essentiel en langue française – sur L’Image du Sápmi [le pays des Sames] (2009-2013) publiés par l’université d’Örebro sous la direction de Kajsa Andersson. Les deux colloques organisés par le laboratoire LIS de l’Université de Lorraine, « Winter is coming » (2016) et « Voyages illustrés aux pays froids » (2017) ont également abordé le sujet. » Ces travaux ont permis de dégager les éléments entrant le plus fréquemment dans la constitution de la notion de nordicité, la manière dont des données factuelles sont modelées et assemblées par l’imaginaire pour aboutir à des schémas de représentation largement acceptés et repris pendant un temps relativement long.

Comme il a été indiqué précédemment, le colloque sur l’écriture du « Nord du Nord » se propose pour sa part de replacer les œuvres concernées  dans le contexte historico-social d’une part, littéraire d’autre part, de leur élaboration et de leur rédaction. Si l’endroit exploré, ou montré, est le « Nord du Nord », l’origine géographique des écrivants est variée. Nombre d’entre eux viennent de l’espace anglophone. Dans le cadre du colloque prévu, nous souhaitons mettre l’accent sur des textes en français, en allemand et en langues scandinaves.

Les communications auront une durée de 25 à 30 minutes. Les langues de travail seront l’allemand, l’anglais et le français. Les propositions de communications (250 à 500 mots), accompagnées d’une brève présentation de l’auteur, sont à envoyer avant le 31/03/2018 à :

Prof. Dr. Annie Bourguignon (Université de Lorraine / Nancy): annie.bourguignon [at] univ-lorraine.fr

Prof. Dr. Daniel Chartier (Université du Québec à Montréal): daniel.chartier [at] uqam.ca

Dr. Konrad Harrer (Université de Lorraine / Nancy): konrad.harrer [at] univ-lorraine.fr

Une publication des contributions est prévue. Les organisateurs prennent en charge la réservation et le financement de l’hébergement des intervenants. Les frais de voyage et les frais d’inscription (40 €) sont à la charge des participants.

Comité scientifique :

Kajsa Andersson, Université d’Örebro

Bergur D. Hansen, Université des Féroé

Birna Biarnadóttir, Université d’Islande

Annie Bourguignon, Université de Lorraine

Sylvain Briens, Université de Paris-Sorbonne

Daniel Chartier, Université du Québec à Montréal

Alain Guyot, Université de Lorraine

Konrad Harrer, Université de Lorraine

Karin Hoff, Université de Göttingen

Malan Marnersdottir, Université des Féroé

Thomas Mohnike, Université de Strasbourg

Henning Howlid Wærp, Université de Tromsø

Comité d’organisation :

Annie Bourguignon, Université de Lorraine / Daniel Chartier, Université du Québec à Montréal / Alain Guyot, Université de Lorraine / Konrad Harrer, Université de Lorraine / Cécile Chamayou-Kuhn, Université de Lorraine / Myriam Renaudot, Université de Lorraine

“I need a hero” – L’auteur dans son texte. Une lecture de Byron de Sigrid Combüchen

Anders Löjdström (Lille)

Conférence à l’Université de Strasbourg dans le cadre du cercle nordique.

5 octobre 2017 : 18h, patio s.4202

C’est avec “Byron. En roman” en 1988, que Sigrid Combüchen s’établit définitivement sur la scène littéraire suédoise. Cette “biographie romancée” fait se croiser les thématiques et les démarches essentielles de l’oeuvre de la romancière dans un livre complexe et séduisant. La présentation cherchera à mettre en évidence le rôle de l’auteur dans son texte et l’importance de cette présence dans la lecture du livre.

Soutenu par l’EA 1341 études germaniques et nord-européennes.

 

Appel à communications : Sonorités du Nord

Sonorités du Nord.

Journées d’études, organisées en collaboration avec la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, par Thomas Mohnike & Simon Théodore

Date et lieu : 23/24 mars 2018, Strasbourg

Parmi les éléments qui semblent caractériser le Nord de l’Europe,  de nombreux sont liés au champ des sonorités : des pratiques chorales répandues des folkehøjskoler danoises aux festivals des chœurs aux Pays-baltes, le son nordique (nordischer Ton) dans la musique classique (Grieg et Sibelius), Abba, l’eurovision, le métal viking, mais aussi le silence. Lors de nos deux journées d’études, nous voulons explorer ces paysages sonores, ces mythèmes du son à travers des études littéraires, culturelles, artistiques, filmiques, sociologiques, etc. traitant soit des sources et des phénomènes culturels de l’Europe du Nord, soit des imaginaires de l’Europe du Nord, soit des deux à travers des études au sujet de la réception des productions culturelles provenant du Nord.

Des propositions de communications sont acceptées en français et anglais. Elles sont à envoyer à Simon Théodore et Thomas Mohnike jusqu’au 15 septembre 2017 : si.theodore@laposte.net et tmohnike@unistra.fr.

Les journées d’études se déroulent dans le cadre du projet de recherche sur les mythèmes du Nord, qui organise des journées d’études depuis 2016.

Prix de thèse de l’Université de Lorraine 2017

Laurent Di Filippo (laurent@di-filippo.fr) est lauréat du Prix de thèse de l’Université de Lorraine 2017

Du mythe au jeu. Approche anthropo-communicationnelle du Nord.
Des récits médiévaux scandinaves au MMORPG Age of Conan: Hyborian Adventures

Thèse en sciences de l’information et de la communication et en études scandinaves,
préparée sous la direction des professeurs Jacques Walter (UL, France) et Jürg Glauser (Université de Bâle, Suisse), soutenue le 4 novembre 2016 à Metz

Jury

Anne Besson (Université d’Artois, examinatrice)
Maude Bonenfant (Université du Québec à Montréal, rapporteure)
David Douyère (Université François Rabelais de Tours, président du jury)
Marie-Pierre Fourquet-Courbet (Aix-Marseille Université, rapporteure)
Jürg Glauser (Université de Bâle, co-directeur)
Jürgen Mohn (Université de Bâle, examinateur)
Jacques Walter (Université de Lorraine, directeur)

 

Résumé

Un rhinocéros Berserker, des hordes de Vanir déferlant sur la Cimmérie, le fils d’Ymir emprisonné… Les références aux récits médiévaux scandinaves couramment désignés par les termes « mythes nordiques » sont nombreuses dans le jeu de rôle en ligne massivement multi-joueurs Age of Conan: Hyborian Adventures.

À partir de ce cas d’étude, Laurent Di Filippo étudie les manières dont des éléments issus de sources presque millénaires sont devenus des composantes d’une production vidéoludique contemporaine. De façon plus générale, l’auteur s’intéresse aux phénomènes culturels et à leurs dynamiques à travers leurs processus de transmission, de manifestation et d’appropriation. Pour ce faire, il s’appuie sur une démarche qualitative et empirique à la croisée des sciences de l’information et de la communication et des études scandinaves afin de développer une approche anthropo-communicationnelle, fortement imprégnée par des travaux en anthropologie.

Geographies of Knowledge and Imagination

Geographies of Knowledge and Imagination in 19th Century Philological Research on Northern Europe

Editor(s): Joachim Grage, Thomas Mohnike

Comparative philology was one of the most prolific fields of knowledge in the humanities during the 19th century. Based on the discovery of the Indo-European language family, it seemed to admit the reconstruction of a common history of European languages, and even mythologies, literatures, and people. However, it also represented a way to establish geographies of belonging and difference in the context of 19th century nation-building and identity politics. In spite of a widely acknowledged consensus about the principles and methods of comparative philology, the results depended on local conditions and practices. If Scandinavians were considered to be Germanic or not, for example, was up to identity politics that differed in Berlin, Strasbourg, Copenhagen and Paris.

The contributors here elaborate these dynamics through analyses of the changing and conflicting versions of imaginative geographies that the actors of comparative philology evoked by using Scandinavian literatures and cultures. They also show how these seemingly delocalized scientific models depended on ever-different local needs and practices. Through this, the book represents the first distinctly transnational dynamic geography and history of the philological knowledge of the North – not only as a history of a scientific discourse, but also as a result of doing and performing scientific work.

View Extract : http://www.cambridgescholars.com/download/sample/63906

Further information :

http://www.cambridgescholars.com/geographies-of-knowledge-and-imagination-in-19th-century-philological-research-on-northern-europe

Régis Boyer

Le président de l’université Paris-Sorbonne, le directeur et les enseignants chercheurs de la section d’Études Nordiques et Scandinaves de l’UFR de Littératures Germaniques et Nordiques, font part de la disparition de Régis Boyer, qui fut professeur de langues, littératures et civilisations scandinaves à Paris-Sorbonne de 1971 à 2001.

Né en 1932, Régis Boyer avait, au début des années 1950, fait des études de français, de philosophie et d’anglais tout en suivant l’enseignement en langues et littératures scandinaves dispensé par Maurice Gravier à l’université de Nancy. Il s’initia alors au suédois et au vieux norrois, avant de passer l’agrégation de Lettres et d’enseigner comme lecteur de français à l’université de Łódź en Pologne, puis à l’université de Reykjavik en Islande et dans les universités de Lund et Uppsala en Suède. Après une dizaine d’années en Scandinavie il soutint en 1970 une thèse d’État (sur deux sujets : le vieil islandais, dans le sillage
de l’histoire comparée des religions de Dumézil, l’autre sujet relevant de la littérature comparée).
Il fut alors nommé Maître Assistant en études scandinaves à la Sorbonne, puis, l’année suivante, professeur de langues, littératures et civilisation scandinaves, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 2001. Pendant toute sa carrière à la Sorbonne, Régis Boyer a développé et structuré la formation en études scandinaves, organisé de multiples événements scientifiques, dirigé une trentaine de thèses et suscité au-delà de nombreuses vocations. Par ses publications sur la civilisation scandinave ancienne et moderne, il a fait connaître en France l’histoire et la littérature scandinave médiévale. Il a éveillé la curiosité et l’intérêt du grand public pour les Vikings et contribué à en donner une image historique nuancée. Infatigable passeur, il a traduit une cinquantaine d’ouvrages depuis le danois, l’islandais, le norvégien et le suédois. Il a ainsi fait mieux connaître en France les œuvres de l’Islandais Halldór Laxness, de la Danoise Karen Blixen, des Norvégiens Knut Hamsun et Tarjei Vesaas, ou encore des Suédois Pär Lagerkvist, Selma Lagerlöf, August Strindberg et Emanuel Swedenborg, pour ne citer que les plus connus. Il a notamment dirigé quatre volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade, consacrés à l’oeuvre de H.C. Andersen (2 tomes), au théâtre d’Henrik Ibsen, et enfin aux Sagas islandaises, qui ont marqué les esprits et donné aux lettres du Nord une place particulière dans le champ littéraire français. Il venait de préparer, pour la même collection, deux volumes sur Søren Kierkegaard. Il avait obtenu en 1970 le prix Broquette-Gonin (littérature) et en 2013 le prix Roger-Caillois.

The XIVth International Ibsen Conference: Ibsen and Power

The XIVth International Ibsen Conference will be held at the Ibsen House in Skien, Norway, on 5-8th September 2018. The conference is organized by Skien Municipality in co-operation with the Centre for Ibsen Studies, University of Oslo.

The theme of the conference will be “Ibsen and Power,” since in some basic sense all of Ibsen’s plays can be seen as investigations of power and power relations. On page and stage Ibsen is often seen as interrogating and critiquing the workings of power in terms of gender, class, economy, or politics. Power in Ibsen is, however, not merely negative or something to be resisted. The power of truth, art, and the individual, or the empowerment of women and youth are also obvious ‘Ibsenian’ themes. Power and power relations are also important aspects of the reception and use of Ibsen in different contexts: in reviews and literary history, in the theatre, in political struggle and censorship, in soft diplomacy, nation building, education, and theatre for development, just to mention a few.

We encourage all participants to devote thought in some way to this main theme so as to advance the common discussion at the conference. Papers may address, but are by no means restricted to, the following subtopics:

1. The thematic depictions of power in Ibsen’s texts or performances thereof, including: family and gender relations; connections between individual will and character; figurations of corruption, money, and economic systems; issues of rhetoric and ideology.

2. The aesthetic power of Ibsen’s work to generate changes in the arts, including: his influence on other authors and artists; the function of his dramas as a dramatic model; and the power of the performance situation.

3. The power of mediation, including: the dynamics of adaptation and translation; and the role of critics, intellectuals, and other cultural mediators as power brokers.

4. Institutional power and its relationship to Ibsen’s work in the social realm, such as: state censorship and/or sponsorship; the use of Ibsen in political struggle; gender politics; Ibsen in education; and the recent role of Ibsen’s work in Norwegian soft diplomacy.

5. Effects of individual and community empowerment generated by Ibsen’s work, such as: character and individual identity production; Ibsenian roles as benchmarks or tests of acting skill; the prestige of Ibsenian actors; or Ibsen’s work as a means of community empowerment.

6. The emergence of new identities and new cultures as a result of Ibsen’s influence.

7. Ibsen and social change in terms of power relations between men and women, between the individual and the community, and between the self and the state/society. Ibsen’s global impact on new concepts of power relations.

All papers should be planned for a maximum of 20 minutes in presentation length. Abstracts should be no more than 300 words long and should include a brief 1-page CV (deadline October 15, 2017).

Please submit your abstract to: conference2018@ibsen.uio.no

Kindly include the following information at the top of the page:

-Name
-Institutional affiliation, if any
-3-4 keywords describing the presentation
-Audio-visual requirements, if any

An announcement of the proposals accepted will be made not later than November 1, 2017.

Contact Information
The Ibsen Centre at: conference2018@ibsen.uio.no
https://www.hf.uio.no/is/

Local Organizing Committee
Frode Helland, University of Oslo
Giuliano D’Amico, University of Oslo
Xia Liyang, University of Oslo
Anette Storli Andersen, Skien

International Ibsen Committee
Frode Helland, University of Oslo
Julie Holledge, Flinders University
Mark Sandberg, University of California, Berkeley
Jian Sun, Fudan University, Shanghai
Kwok-kan Tam, Open University of Hong Kong
Lisbeth Waerp, University of Tromsø

De la Nordicité : concept, représentation, imaginaire

Colloque international et interdisciplinaire – Institut de Recherche en Langues et Littératures Européennes (ILLE – EA 4363)

12-13 Octobre 2017, Salle Gandjavi, Université de Haute-Alsace, Mulhouse

www.flsh.uha.fr , www.ille.uha.fr

Organisé par :

Frédérique Toudoire-Surlapierre (directrice ILLE)
Alessandra Ballotti (ILLE)
Claire McKeown (ILLE)

Comité scientifique :
Alessandra Ballotti (Université de Haute-Alsace)
Sylvain Briens (Université Paris-Sorbonne)
Massimo Ciarvolo (Université de Florence)
Giuliano D’amico (Norwegian University of Science and Technologies)
Sonia Goldblum (Université de Haute-Alsace)
Claire McKeown (Université de Haute-Alsace)
Thomas Mohnike (Université de Strasbourg)
Dan Ringgaard (Aarhus Universitet)
Frédérique Toudoire-Surlapierre (Université de Haute- Alsace)
Harri Veivo (Université de Caen)

Langues de travail : français et anglais

Appel à communication

Ces dernières années, à travers romans et sériés télévisées, la culture nordique a gagné en visibilité internationale. Simultanément, les chercheurs s’interrogent sur ce qu’est le Nord, sa conceptualisation, ses implications culturelles et ses caractéristiques.

Le terme de « nordicité » a été employé dans des sens différents par divers auteurs et critiques. L’écrivain C.S. Lewis, dans les années 1910, découvre les sagas islandaises et l’œuvre de Wagner. Il en tirera plus tard le concept de « northernness » qui reflète sa fascination pour les régions septentrionales et qui désigne aussi un territoire imaginaire et inatteignable. Le géographe Louis-Edmond Hamelin, dans son ouvrage Nordicité canadienne (1975), développe le concept dans le cadre du continent américain et le rattache ensuite aux autres Nord du monde. Kari Aga Myklebost et Sylvain Briens explorent la notion de « boréalisme » dans les années 2010, et soulignent la dimension culturelle et identitaire du Nord.

On s’interrogera sur les caractéristiques de ce concept pluriel et sur la possibilité d’en retracer la généalogie, on s’intéressera aussi bien aux différents modèles de nordicité qui émergent au XIXe siècle qu’à leur évolution et leur transformation au cours des XXe et XXIe siècles. Ce colloque s’intéressera aux représentations du Nord dans la littérature et les arts européens. Il s’agira de comparer ces représentations chez les artistes et auteurs nordiques, mais aussi les autres Européens, et ainsi tenter de mieux cerner les différents concepts et modèles de nordicité. Le tournant du XXe siècle est un moment de bouillonnement pour la culture nordique, où se croisent une fascination pour la mythologie nordique, héritée du romantisme, et les innovations du modernisme à l’échelle internationale. Y transparaît déjà la pluralité du concept de nordicité, tant dans la production culturelle des pays scandinaves que dans sa réception par le gennembrud. Certains pays voisins ressentent la nécessité de s’inclure dans cette nordicité, tout en percevant son caractère exotique. D’autres le perçoivent comme le contrepoint de la richesse culturelle associée au Sud. C’est le cas de plusieurs pays du sud de l’Europe qui transforment les éléments « exotiques » du Nord en les adaptant au goût du public local.

Si la nordicité s’enracine dans une localisation géographique, elle reste une notion relative à la position physique du sujet, mais aussi à ses constructions culturelles, son image de soi et son imaginaire. Bien que l’imaginaire privilégié concerne le nord de l’Europe, ce colloque intéressera tout autant les spécialistes de la littérature et des arts des pays scandinaves que ceux des autres pays d’Europe, et devra permettre de croiser les regards sur la nordicité : celui introspectif des Scandinaves, celui porté sur eux par les autres artistes et auteurs, et celui porté sur les « autres » Nord.

Toutes les approches critiques et théoriques sont les bienvenues. Les communications pourront porter notamment sur les aspects suivants :

Concepts et représentations du Nord chez les auteurs/artistes
Concepts et représentations des Nord
La nordicité comme altérité ou espace de partage
La nordicité comme espace réel ou imaginaire
La nordicité entre modernité, histoire et mythologie
Influence des arts et de la littérature nordiques en Europe

Modalités de proposition :

Les propositions d’intervention (une présentation d’environ 200 mots, le titre ainsi qu’une courte notice biographique) doivent être envoyées avant le 15 juin 2017 aux adresses suivantes : frederique.toudoire@uha.fr ; alessandra.ballotti@uha.fr ; claire.mckeown@uha.fr. Elles seront examinées par le comité scientifique.

Sous réserve d’acceptation des articles par un comité de lecture, les textes feront l’objet d’une publication.

Frais d’inscription : 40 € par jour (20 € pour les doctorants), 70 € pour les deux journées (35 € pour les doctorants). Les chercheurs et doctorants de l’ILLE sont exonérés de droits d’inscription.

L’hébergement et les repas seront pris en charge par l’organisation du colloque, mais les frais de déplacement seront à la charge des participants.

appel-Nordicité-10 avril