Université de Lille
1-2 avril 2027
La réflexivité littéraire — cette propriété par laquelle une œuvre renvoie à elle-même, de manière explicite ou implicite — interroge les frontières de la création. En désignant son propre espace, l’œuvre déploie une dynamique autoréflexive qui invite à penser son ancrage dans le monde. Ce phénomène entre en résonance avec le concept de paratopie, forgé par l’analyse du discours littéraire pour désigner lelieu paradoxal de l’écrivain·e : un espace à la fois indispensable à l’existence de l’œuvre et inséparable d’elle, tout en se situant en marge de la société.
Comme l’a souligné Dominique Maingueneau, l’énonciation littéraire « suppose à la fois l’impossibilité de se clore sur soi et l’impossibilité de se confondre avec la société ‘ordinaire’ », jouant « de et dans cet entre-deux »[1]. Si la paratopie ne suppose pas nécessairement une réflexivité explicite, cette dernière, en revanche, éclaire l’espace paratopique comme le territoire mouvant où l’œuvre se construit et se négocie.
Ce colloque se propose d’explorer les interactions entre réflexivité et paratopie dans les littératures nordiques (danoise, finnoise, islandaise, norvégienne, suédoise, ainsi que les littératures sami et groenlandaise). Comment ces littératures, souvent traversées par des enjeux identitaires, linguistiques ou géopolitiques, désignent-elles le lieu de création qu’est la paratopie ? Comment la réflexivité y devient-elle un outil pour interroger les tensions entre centre et périphérie, entre tradition et modernité, entre langue dominante et langue minorisée ?
Les axes suivants sont des propositions. Les contributions pourront s’y inscrire mais ne s’y limiteront pas nécessairement :
1. Réflexivité et poétique de l’espace paratopique.
Cet axe explore les dispositifs formels par lesquels les œuvres exposent leur propre lieu d’énonciation, révélant ainsi la paratopie comme un espace à la fois textuel et existentiel.
- Métalittérarité et mise en abyme :
- Comment les textes nordiques (romans, poésie, théâtre, essais) thématisent-ils leur propre fabrication ? Quels sont les spécificités des procédés autoréflexifs dans ces littératures ?
- Réflexivité et genres littéraires : comment la paratopie varie-t-elle selon les formes des œuvres ?
- Métalepses et brouillages des niveaux narratifs : comment ces procédés soulignent-ils l’instabilité du lieu de l’écrivain·e ?
- La paratopie comme topographie
- Comment l’espace paratopique se spatialise-t-il dans le texte ?
- Cartographies imaginaires ou réelles.
- Voyages et errances comme métaphores de la condition paratopique.
2. Réflexivité, paratopie et marginalités : voix, identités, résistances
Cet axe examine comment la réflexivité permet d’élaborer une paratopie et devient, dans les littératures nordiques, un levier pour des subjectivités exclues ou minorisées, qu’elles soient individuelles ou collectives.
- Littératures autochtones
- Genre et paratopie
3. Réflexivité, paratopie et enjeux sociopolitiques
Cet axe interroge le rôle politique de la réflexivité : comment les littératures nordiques utilisent-elles la paratopie pour critiquer, résister, ou repenser les rapports de pouvoir ?
- Critique sociale et satire :
- La paratopie comme position de surplomb : comment des auteur·e·s ont-ils ou elles utilisé la distance ironique pour dénoncer les hypocrisies de leur société ?
- Utopie et dystopies nordiques : la réflexivité comme outil pour imaginer (ou craindre) des futurs alternatifs.
- Écologie et territoire :
- Paysage et paratopie : comment les œuvres nordiques lient-elles la création littéraire à une éthique environnementale ?
- La fragilité des écosystèmes comme métaphore de la condition paratopique.
- Réflexivité et Anthropocène : comment les textes nordiques interrogent-ils le rôle de l’art face à la crise climatique ?
- Langue, pouvoir et résistance :
- Conflits linguistiques : la paratopie comme espace de négociation entre langues dominantes et minorisées.
- Censure et autocensure : la paratopie comme stratégie pour contourner les interdits.
Éléments de bibliographie
Deremetz, Alain, Le Miroir des Muses. Poétiques de la réflexivité à Rome, Presses Universitaire du Septentrion 1995/OpenEdition Books, 2017.
Dällenbach, Lucien, Le récit spéculaire. Essai sur la mise en abyme, Édition du Seuil, Paris, 1977.
Fraisse, Luc, « L’autoréflexivité en pratique » in Poétique 2011/2 n° 166
Fraisse, Luc et Wessler, Éric, L’Écrivain et ses doubles. Le personnage autoréflexif dans la littérature européenne, Classiques Garnier, Paris, 2014
Fraisse, Luc et Wessler, Éric, L’œuvre et ses miniatures. Les objets autoréflexifs dans la littérature européenne, Classiques Garnier, 2018.
Hutcheon, Linda, “Historiographic Metafiction. Parody and the Intertextuality of Fiction.” in O’Donnell, Patrick, and Robert Con Davis, eds. Intertextuality and Contemporary American Fiction, The Johns Hopkins University Press, 1989.
Jansson, Bo G., Postmodernism och metafiktion i Norden, Hallgren & Fallgren Studieförlag AB, Uppsala, 1996.
Maingueneau, Dominique, Le discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation, Armand Colin, Paris, 2013.
Maingueneau, Dominique, Trouver sa place dans le champ littéraire. Paratopie et création, Academia-L’Harmattan, Louvain-La-Neuve, 2016.
Sermain, Jean-Paul, Métafictions (1670-1730). La réflexivité dans la littérature d’imagination, Champion, Paris, 2002.
Tore, Gian Maria, « La réflexivité : Une question unique, des approches et des phénomènes différents » in Signata 4/2013
Wessler, Éric, La Littérature face à elle-même : l’écriture spéculaire de Samuel Beckett, Rodopi, Amsterdam-New York, 2009.
Revue Argumentation et analyse du discours 3/2009 : « Ethos discursif et image d’auteur », sous la direction de Michèle Bokobza Kahan et Ruth Amossy
Revue MethIS 3/2010, « Étendues de la réflexivité », sous la direction de C. Letawe, E. Mouratidou et V. Stiénon
Organisateurs :
Maria Hansson, Sorbonne Université.
Anders Löjdström, Université de Lille.
Comité scientifique :
Alessandra Ballotti, Sorbonne Université.
Thomas Beaufils, Université de Lille.
Sylvain Briens, Sorbonne Université.
Clément Fradin, Université de Lille.
Maria Hansson, Sorbonne Université.
Anders Löjdström, Université de Lille.
Frédérique Toudoire-Surlapierre, Sorbonne Université.
Modalité de soumission des propositions :
Langues de travail : français, anglais.
Les propositions de communications (1500 à 2000 signes, espaces comprises), accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer avant le 20 novembre 2026 à Anders Löjdström, anders.lojdstrom@univ-lille.fr
Réponse du comité : mi-janvier 2026.
[1] Dominique Maingueneau, Le discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation, Armand Colin, Paris, 2013, p. 72.