Auteur/autrice : rjamet

AàC : Bjørnstjerne Bjørnson en Europe : un théâtre en jeu

AàC : Bjørnstjerne Bjørnson en Europe : un théâtre en jeu

Journée d’études : 24 mai 2024 (Strasbourg) / deadline AàC : 15/01/24

Appel à communication

English below

Bjørnstjerne Bjørnson en Europe : un théâtre en jeu

L’attribution du Prix Nobel de littérature 2023 au dramaturge norvégien Jon Fosse au nous donne l’occasion de revenir sur le parcours d’un de ses compatriotes qui a obtenu la même récompense en 1903 : Bjørnstjerne Bjørnson (1832-1910). Tantôt rival, tantôt proche de Henrik Ibsen (1828-1906) dont il était le contemporain, il ne bénéficie pas aujourd’hui de la même notoriété. Pourtant il eut de son vivant une aura considérable : à ses débuts, il contribua au mouvement du romantisme national et c’est à lui que l’on doit l’hymne national norvégien Ja, vi elsker dette landet [Oui, nous aimons ce pays] (1864). Il aborde aussi le roman et la critique littéraire et sociétale, traitant des enjeux de son temps avec notamment En fallit [Une faillite] (1875). La fin de sa vie le voit rejoindre le symbolisme avec Over Ævne [Au-delà des forces] (1883).

07101860 Illustreret Tidende Nr. 54, Side 1 / Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.

Bjørnson était de tous les débats de son époque et son œuvre fit débat. S’il est méconnu en France, il n’est pas à proprement parler un invisible, ni un oublié de l’histoire littéraire européenne. Il est en fait invariablement cité pour deux raisons : en tant qu’instigateur et promoteur de la « percée moderne » en 1871 et en tant qu’auteur d’En Handske [Le Gant], une pièce de théâtre qui connaît deux versions.

La « percée moderne » constitue pour partie une relecture critique du romantisme, ou plutôt d’un romantisme scandinave auquel Bjørnson reproche son désengagement des questions actuelles de société. Le Gant (dont la version de 1883 a été peu jouée, publiée et amplement commentée et celle de 1886 peu ou pas publiée ni traduite), interroge également une forme de naïveté ou d’idéalisme : Svava et Alfred s’apprêtent à se marier, mais lorsqu’elle apprend qu’il a eu une liaison avant leur rencontre, elle lui jette son gant au visage. Elle refuse la « double morale » qui veut que les femmes se trouvent méjugées lorsqu’elles ont plusieurs amours, quand les hommes reçoivent pour le même comportement indulgence générale voire encouragement. Une telle position suscite de vives réactions de la part des contemporains de Bjørnson et le sedelighetsdebatten [débat sur la moralité sexuelle] voit s’affronter par articles interposés, œuvres littéraires et mêmes dans des conférences les moralistes et les immoralistes partisans de l’amour-libre tels que August Strindberg (1849-1912).

On le connaît donc à la fois comme acteur de la percée moderne et initiateur du débat sur la moralité sexuelle, si ce sont deux repères commodes, ils sont toutefois parcellaires, voire réducteurs. Cette journée d’études entend donc les bousculer, en abordant l’œuvre et la trajectoire de l’auteur dans leur ensemble, occasion de remettre en perspective et peut-être à leur juste place ces points saillants.

Ainsi, la journée d’études, ne propose pas de revenir exclusivement sur la hanskestriden [querelle duGant], amplement traitée par la critique (Bredsdorff 1969/1973, Stenberg 1999, Tinderholt 1999). Néanmoins, la récente retraduction française du Gant par Corinne François-Denève (Avant-Scène théâtre, 2023) nous offre prétexte à revenir sur des aspects encore inexploités de l’œuvre comme par exemple les « théories surhumaines » (le mot est dans Le Gant) qui sous-tendent la pensée de Bjørnson. Il s’agit de sortir Bjørnson de son isolement scandinave afin de le mettre en perspective de diverses manières.

Les propositions d’une demi-page environ pourront ainsi porter sur ces axes, sans prétention à l’exhaustivité :

  • Bjørnson homme de théâtre européen (réception et critiques) : L’œuvre de Bjørnson a été récompensée et valorisée jusqu’à obtenir un prix Nobel, mais qu’en est-il de la suite ? Il s’agira de se demander quelle réception, quelle canonisation a reçu son œuvre – en Norvège comme au-delà de ses frontières ? Pourquoi a-t-on le sentiment diffus qu’il a été oublié ? Des nouvelles générations de dramaturges nordiques comme Jon Fosse ou Sara Stridsberg jusqu’à la bande dessinée populaire (Øystein Runde et Geir Moen, De fire store: Når de døde våkner [Les Quatre Grands : Quand les morts se réveilleront], 2007), peut-on même parler d’un héritage de Bjørnson ?
  • Bjørnson homme de théâtre européen (influence et critiques) : Bjørnson, directeur de plusieurs salles de spectacle, qui a voyagé en Allemagne, en Italie et en France (où il est mort), connaît bien le théâtre de son temps. Lecteur et spectateur de pièces de Kotzebue, de Scribe, d’Augier, contemporain de Catulle Mendès, de Shaw et d’Ibsen, Bjørnson comme « homme de théâtre européen » retiendra ici l’attention, ainsi que ses contestations critiques (auteur de pièces qui sont autant de dissertations scéniques, de théâtre dans un fauteuil, de dialogues philosophiques ou théories morales). Par exemple Le Gant tient du proverbe (Musset), du drame en habit noir et de la comédie (La Question d’argent de Dumas). Les influences romanesques pourront être également considérées dans cet axe.
  • Bjørnson mis en scène : On pourra s’interroger sur les mises en scène des pièces de Bjørnson en Europe et les interprétations auxquelles le théâtre de Bjørnson a donné lieu de son vivant jusqu’à aujourd’hui. Le romancier et le penseur Bjørnson éclipsent-ils l’auteur de théâtre ? Ses pièces apparaissent-elles comme datées à l’instar de celles d’autres auteurs européens de la fin du XIXe siècle (Henri Becque, Victorien Sardou), et pour quelles raisons ?
  • Le Gant et ses réécritures: Déçu par la réception de l’œuvre, qui manquait selon lui son but (la sympathie allait au personnage masculin), l’auteur l’a en effet réécrite, pratiquant une forme de réécriture « de plateau » dont l’audace d’écriture ou l’obédience au public voire le pragmatisme ou les modèles sont à évaluer. Des comparaisons entre les deux versions, ou bien des perspectives comparatistes avec d’autres pièces norvégiennes ou internationales (réécrites, modifiées, comme la fin de Maison de poupée d’Ibsen ou ayant fait scandale) seront les bienvenues. La réception par la presse estimant les personnages de cette pièce et d’autres de Villiers de l’Isle Adam ou Catulle Mendès, par exemple, « illogiques » ou leurs comportements « inutilement obstinés », « invraisemblables » engagera une réflexion sur les catégories et surtout les mots de la critique et leurs conséquences.

Informations

La journée d’études aura lieu en hybride le vendredi 24 mai 2024 à la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme – Alsace (Strasbourg). Les propositions de communication de 20 minutes (une demi page en .doc ou .pdf) devront être envoyées à rjamet[at]unistra.fr et guyots[at]unistra.fr au plus tard le 15 janvier 2024. Les communications pourront être données en français ou en anglais. Les propositions de doctorant-es sont chaleureusement accueillies.

La journée d’études est co-organisée par Raphaël Jamet et Solenne Guyot (UR1341 Mondes germaniques et nord-européens (Université de Strasbourg)), Corinne François-Denève (UR4363 ILLE (Université de Haute Alsace)) et Florence Fix (UR 3229 CÉRÉdI (Université de Rouen Normandie)). Un projet de mise en scène et lectures par des étudiant-es est en cours et pourrait se concrétiser lors de la journée d’études.

Call for papers

Symposium, 24 May 2024, University of Strasbourg

Bjørnstjerne Bjørnson in Europe: a theatre at stake

The award of the 2023 Nobel Prize for Literature to Norwegian playwright Jon Fosse gives us an opportunity to look back at the career of one of his compatriots who won the same prize in 1903: Bjørnstjerne Bjørnson (1832-1910). Both a rival and a close relative of Henrik Ibsen (1828-1906), Bjørnstjerne Bjørnson is not as well known today. In his early years, he contributed to the national Romantic movement, and he has written the Norwegian national anthem Ja, vi elsker dette landet [Yes, we love this country] (1864). He also wrote novels and literary critics, dealing with the social issues of his time, for example in En fallit [Bankruptcy] (1875). At the end of his life, he embraced symbolism with Over Ævne [Beyond the Forces] (1883).

Bjørnson was involved in all the debates of his time, and his work was much debated. Although he is little known in France, he is not strictly invisible or forgotten in European literary history. In fact, he is regularly quoted for two reasons: as the initiator and promoter of the “modern breakthrough” in 1871, and as the author of En Handske [The Glove], a play that has two different versions.

The “modern breakthrough” partly constituted a critical re-reading of Romanticism, or rather of Scandinavian Romanticism, which Bjørnson criticised for its disengagement from current social issues. The Glove (the 1883 version has been rarely performed, but published and widely commented on, while the 1886 version has been hardly, if at all, published or translated) also confronts a form of naivety or idealism: Svava and Alfred are about to get married, but when she learns that he had an affair before they met, she throws her glove in his face. She rejects the “double standard of morality” which sees women despised when they have several affairs, while men receive general indulgence and even encouragement for the same behaviour. Such a position raised strong reactions from Bjørnson’s contemporaries, and the sedelighetsdebatten [debate on sexual morality] brought moralists and immoralists who supported free love, such as August Strindberg (1849-1912), into conflict through articles, literary works and even lectures.

We thus know him both as a contributor to the “modern breakthrough” and as the driving force behind the debate on sexual morality. While these are two helpful milestones, they are nonetheless fragmentary if not reductive. The aim of this symposium is to challenge these two conceptions by looking at the author’s work and career as a whole, in order to put it into perspective.

In this way, the symposium does not seek to focus on the hanskestriken [querelle du Gant] well-known in the research (Bredsdorff 1969/1977, Stenberg 1999, Stenberg 1999, Tinderholt 1999). Nevertheless, Corinne François-Denève’s recent French retranslation of Le Gant (Avant-Scène théâtre, 2023) is an opportunity to revisit some of the unexplored aspects of the work, such as the “theories surhumaines” (the word is found in Le Gant) that underlie Bjørnson’s thinking. The intention is to take Bjørnson out of his Scandinavian isolation and look at him from different perspectives.

Proposals of comunication could therefore focus on these axis, without pretending to be exhaustive:

  • Bjørnson as a figure in European theatre (influence and criticism): Bjørnson, director of several theatres, who travelled to Germany, Italy and France (where he died), was well acquainted with the theatre of his time. He was a reader and spectator of plays by Kotzebue, Scribe and Augier, and a contemporary of Catulle Mendès, Shaw and Ibsen. Bjørnson’s role as a “figure of the European theatre” is of particular interest here, as are his critical challenges (he is the author of plays which are as much stage essays as armchair plays, philosophical dialogues and moral theories). For example, Le Gant is in some ways a proverb (Musset), a black-robed drama and a comedy (Dumas’s La Question d’argent). Novel influences can also be considered under this axis.
  • Bjørnson as a figure in European theatre (reception and criticism): Bjørnson’s work has been rewarded and valued to the point of winning a Nobel Prize, but what about afterwards? We will be looking at how his work has been received and canonised – both in Norway and in other countries. Why is there a vague feeling that he has been forgotten? From new generations of Nordic playwrights such as Jon Fosse and Sara Stridsberg to popular comics (Øystein Runde and Geir Moen, De fire store: Når de døde våkner [The Great Four: When the Dead Wake Up], 2007), can we even speak of a Bjørnson legacy?
  • The staging of Bjørnson’s plays: We can discuss the staging of Bjørnson’s plays in Europe and the interpretations to which Bjørnson’s theatre has been subjected throughout his lifetime and up to today. Do Bjørnson the novelist and thinker overshadow the playwright? Do his plays seem outdated, like those of other European playwrights of the late nineteenth century (Henri Becque, Victorien Sardou), and why?
  • The Glove and its rewritings: Bjørnson was disappointed by the reception of The Glove once it had been performed; in his opinion, it failed to achieve its aim (sympathy going to the male character). Indeed, the author rewrote it, practising a form of ‘stage’ rewriting whose writing audacity or obedience to the public, or even pragmatism or models, are to be discussed. We welcome comparisons between the two versions, or comparative perspectives with other Norwegian or international plays (rewritten, modified, like the end of Ibsen’s A Doll’s House, or which have caused a scandal). The press’s reception of the characters in this play and others by Villiers de l’Isle Adam or Catulle Mendès, for example, as ‘illogical’ or their behaviour as ‘needlessly obstinate’ or ‘unbelievable’ is an opportunity to reflect on the categories and, in particular, the words used by critics and their consequences.

Information

The symposium will be held in-person and online (hybrid) on Friday 24th May 2024 at the Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme – Alsace (Strasbourg). Proposals for 20-minute communications (half a page in .doc or .pdf format) should be sent to rjamet[at]unistra.fr and guyots[at]unistra.fr by 15 January 2024 at the latest. Communications may be given in French or English. Proposals from PhD candidates are warmly welcomed.

The symposium is co-organised by Raphaël Jamet and Solenne Guyot (UR1341 Mondes germaniques et nord-européens (Université de Strasbourg)), Corinne François-Denève (UR4363 ILLE (Université de Haute Alsace)) and Florence Fix (UR 3229 CÉRÉdI (Université de Rouen Normandie)). A project involving performances and readings by students is currently in preparation, and could be presented during the symposium.

Bibliographie indicative / Bibliography

BJERCK HAGEN Erik, Norsk litteratur 1830-1875: romantikk, realisme, modernisme, Oslo, Dreyers forlag, 2019.

BJERCK HAGEN Erik, Livets overskudd – Bjørnstjerne Bjørnsons glemte kvaliteter, Oslo, Gyldendal, 2013.

BLIKSRUD Liv, D’AMICO Giuliano, WULFSBERG Marius et ÅSLUND Arnfinn, Den engasjerte kosmopolitt. Nye Bjørnson-studier, Oslo, Novus, 2013.

BREDSDORFF Elias, « Moralists versus Immoralists : The Great Battle in Scandinavian Literature in the 1880’s », in Scandinavica: International Journal of Scandinavian Studies, 6.1, 1969, p. 91-111.

BREDSDORFF Elias, Den store nordiske krig om seksualmoralen. En dokumentarisk fremstilling afsædelighedsdebatten i nordisk litteratur i 1880, Copenhague, Gyldendal, 1973.

BRIENS Sylvain, Paris, laboratoire de la littérature scandinave moderne. 1880-1905, Paris, L’Harmattan, 2010.

CHEVREL Yves, « La Pièce bien faite : de Sardou à Ibsen », in DUCREY Guy (éd.), Victorien Sardou, Un siècle plus tard, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, p. 161-170.

STENBERG Lisbeth, « Sexualmoral och driftsfixering — förnuft och kön i 1880-talets sedlighetsdebatt », in DAHLSTEDT Sten et KVIST DAHLSTEDT Barbro (éd.), Stockholm/Stehag, Symposion förlag, 1999, p. 173-225.

TINDERHOLT, Elin B., « Bjørnson og sedelighetens retorikk: Bjørnsons retoriske strategier innen forskjellige sjangre i sedelighetsdebatten », in Bjørnson-årbok, vol. 2, Aulestad, Aulestad forlag, 1999, p. 19-31.

AàC: L’objet livre et les avant-gardes littéraires et artistiques dans les espaces germanophones et nord-européens de 1945 à nos jours

AàC: L’objet livre et les avant-gardes littéraires et artistiques dans les espaces germanophones et nord-européens de 1945 à nos jours

Appel à contribution pour un colloque international : 18-19 octobre 2024 (Strasbourg) / deadline AàC : 31/12/23

Organisation : Raphaël Jamet et Aurélie Le Née – MCF à l’Université de Strasbourg

Argumentaire

Strasbourg sera la capitale mondiale du livre selon l’UNESCO en 2024, ce qui est l’occasion d’organiser un colloque sur les liens entre l’objet livre et les avant-gardes :

Comment l’objet livre interroge-t-il le concept d’avant-garde ?

Comment les avant-gardes interrogent-elles l’objet livre ?

Dans sa « Recommandation concernant la normalisation internationale des statistiques de l’édition de livres et de périodiques » du 19 novembre 1964, l’UNESCO proposait la définition suivante du livre : « Un livre est une publication non périodique imprimée comptant au moins 49 pages, pages de couverture non comprises, éditée dans le pays et offerte au public. »[1]

Si cette définition plutôt restrictive semble adaptée pour déterminer des critères clairs de classification des publications, d’autres définitions offrent une acception bien plus large du livre, comme par exemple dans l’introduction de l’Histoire du livre en Occident de Frédéric Barbier : « nous comprendrons sous la définition de livre tout objet imprimé, indépendamment de sa nature, de son importance et de sa périodicité, ainsi que tout objet portant un texte manuscrit et destiné, au moins implicitement, à une certaine publicité. »[2]

Cette acception semble particulièrement pertinente dans le contexte de l’avant-garde où les publications de revues, mais aussi de tracts ou de petits fascicules sont courantes. Publication, texte ou objet : ces définitions interrogent à leur manière une certaine matérialité du livre. Frédéric Barbier rappelle d’ailleurs l’étymologie du terme dans les langues latines (du latin liber : « la pellicule d’un arbre entre l’écorce extérieure et le bois proprement dit »)[3] et dans les langues germaniques (du vieil haut allemand bokis : le hêtre).[4]

Cette matérialité joue un rôle central dans la création moderne et d’avant-garde, y compris dans son rapport au livre, conduisant à la définition de sous-catégories comme le livre de peintre, le livre d’artiste, le livre-objet, à propos desquelles Pascal Fulacher précise :

“Au-delà du livre d’artiste, apparaît le livre-objet, où textes et images, après avoir recherché la connivence dans le livre de peintre puis la fusion dans le livre d’artiste, participent à l’élaboration d’une troisième dimension, voire s’effacent derrière l’objet-livre comme pour rappeler la matérialité de celui-ci et son volume dans l’espace.”[5]

Ainsi le livre devient-il un objet d’art à part entière, dans toute sa matérialité, tandis que la période plus récente avec le numérique offre à l’expérimentation artistique et littéraire de nouveaux terrains de jeu. On le voit, la définition du livre en tant qu’objet est ouverte à diverses approches, tout comme l’est celle des avant-gardes.

Dans l’introduction de Béatrice Joyeux-Prunel à Naissance de l’art contemporain 1945-1970,

“les avant-gardes sont […] définies comme des groupes se prétendant novateurs, ou considérés comme tels, et qui furent parfois réellement à contre-courant des pratiques artistiques dominantes de leur époque.”[6]

Cette appréhension assez large, contrairement à l’incontournable Théorie de l’avant-garde de Peter Bürger qui cantonne cette dernière, communément appelée « avant-garde historique », au dadaïsme, au surréalisme des débuts et à l’avant-garde russe après la révolution d’Octobre[7], nous semble plus intéressante pour aborder la période postérieure à la Seconde Guerre mondiale qui est celle choisie pour ce colloque.

Cette acception permet d’englober des productions aussi diverses que le pop art, le mouvement Fluxus, CoBrA, l’actionnisme artistique (actionnisme viennois), l’Internationale Situationniste et particulièrement ses sections scandinaves, la littérature expérimentale, la poésie concrète, les créations éditoriales (notamment scandinaves avec OEI, CHATEAUX, Forlaget Virkelig, H Press, etc) jusqu’à la poésie slam ou l’art algorithmique dont les centres se situent parfois en dehors de l’espace germanophone ou nord-européen, mais qui connaissent une réception dans ces espaces, posant, voire dépassant la question de la relation entre centre et périphérie,[8] parallèlement à celle des tensions entre culture dominante et contre-culture.[9]

Axes

Dans ce contexte, deux grands axes, correspondant à deux focales, sont proposés ainsi qu’un axe transversal. Les propositions devront porter sur les aires germanophones et nord-européennes et sur une période allant de 1945 à nos jours.

Axe 1 :

Comment l’objet livre interroge-t-il le concept d’avant-garde dans les sphères germanophones et nord-européennes ? En prenant comme centre de l’étude une ou plusieurs œuvres, on s’interrogera sur la manière dont les objets livres définissent, contournent ou redéfinissent le concept d’avant-garde de façon explicite ou implicite.

Les sources peuvent être de différentes natures et amener à des réponses différentes : on pourra s’interroger sur les publications en série (revues, périodiques, journaux, …), sur les collections, sur les livres d’artistes et livres-objets, voire sur des formes qui sortent des classifications habituelles (tracts, création numérique, …).

Cet axe pourrait être également l’occasion de s’interroger sur l’influence du marché du livre sur la (auto)qualification d’avant-garde d’un artiste[10] ou d’un groupe d’artistes. Ainsi, on pourrait questionner la tension entre les livres d’artiste présentés comme œuvres avant-gardistes et la production marchande de catalogues ou de recueils de ces mêmes artistes. On pourrait également se demander dans quelle mesure les nouveaux usages du numérique et des supports papier jouent un rôle dans la (auto-)définition des artistes d’avant-garde.

Axe 2 :

Comment les avant-gardes interrogent-elles l’objet livre dans les sphères germanophones et nord-européennes ? En prenant comme focale les positions (par les œuvres ou par des théories) d’un artiste, poète ou groupe artistique d’avant-garde, on s’interrogera sur les conditions matérielles – d’existence et de diffusion – des œuvres étudiées.

Cela pourrait être l’occasion de s’intéresser aux réflexions sur la non-linéarité des formes et des formats, la non-adaptabilité de certaines œuvres au format traditionnel du « livre » et pourrait amener à découvrir ce que le numérique peut changer dans ces approches anticonformistes. Les positions des artistes et poètes pourraient également éclairer les hégémonies culturelles dans le marché de l’art et des publications.  Cet axe accueille également des réflexions sur les motivations commerciales derrière la production de certains livres, les enjeux de confidentialité, d’exclusivité pour certains textes, notamment dans leurs modes de diffusion ou bien les circulations et réappropriations des textes, des objets de ou dans les cercles politiques.

Enfin on pourra se demander s’il y a des artistes qui théorisent une définition du livre dans leurs textes ou œuvres, en prenant ou non position par rapport à l’avant-garde historique, la postmodernité ou les néo-avant-gardes. On pourra s’intéresser alors aux réseaux et formes de publication de ces théories et prises de position.

Axe transversal :

Toutes ces interrogations et ces sources étudiées croisent à un moment donné notre propre position en tant chercheur et chercheuse sur ces sujets. En effet, comment rendre compte linéairement – dans un texte scientifique – d’un objet qui ne l’est pas ? Comment trouver un équilibre dans ses travaux et approches lorsque l’on réinstitutionnalise par sa position académique des objets anti-institution ? Quelles nouvelles perspectives ces focales sur l’objet livre ouvrent-elles sur les questions souvent re-battues des avant-gardes ? Ces problématiques pourraient être intégrées aux réflexions menées dans les axes 1 et 2, mais peuvent aussi faire l’objet d’une communication plus générale en épistémologie de l’histoire de l’art, de la littérature, … en s’appuyant sur des œuvres ou théories des aires étudiées.

 Ces axes constituent des pistes non-exhaustives et cet appel reste ouvert à des études pouvant porter sur des problématiques connexes.

Informations pratiques :

Merci d’envoyer vos propositions de communication (300 mots en français ou en anglais) ainsi qu’une courte bio-bibliographie à Raphaël Jamet (rjamet[@]unistra.fr) et Aurélie Le Née (lenee[@]unistra.fr) avant le 31/12/2023. Les communications de 20 minutes pourront être données en français ou en anglais. L’appel est ouvert également à la participation des doctorants et doctorantes. Une publication est prévue et sera discutée lors du colloque. Si vous souhaitez montrer des objets livres un espace d’exposition éphémère est prévu pendant le colloque, avec un temps fort dans l’après-midi du 19 octobre.

Cet événement scientifique est porté par l’UR1341 Mondes Germaniques et Nords-Européens (MGNE).

Bibliographie sélective :

Apollon, Daniel, Philippe Régnier, et Claire Bélisle. L’édition critique à l’ère du numérique. Socio-économie de la chaîne du livre 9. Paris: l’Harmattan, 2017.

Barbier, Frédéric. Histoire du livre en Occident. Nouvelle éd. Mnémosya. Malakoff: Armand Colin, 2020.

Bartsch, Kurt. Avantgarde und Traditionalismus. Kein Widerspruch in der Postmoderne?, Innsbruck: Studien Verlag, 2000. 

Benhamou, Françoise. Le livre à l’heure numérique : papier, écrans, vers un nouveau vagabondage. Paris: Seuil, 2014.

Bennett, Andy. « Pour une réévaluation du concept de contre-culture ». Traduit par Jedediah Sklower. Volume !. La revue des musiques populaires, no 9 : 1 (15 septembre 2012): 19‑31. https://doi.org/10.4000/volume.2941.

Berg, Hubert van den, éd. A Cultural History of the Avant-Garde in the Nordic Countries : 1900 – 1925. Avant-Garde 28. Amsterdam: Rodopi, 2012.

Brogowski, Leszek. Editer l’art : le livre d’artiste et l’histoire du livre. Essais d’esthétique. Chatou: Éditions de la Transparence, 2010.

Bourseiller, Christophe et Olivier Penot-Lacassagne : Contre-cultures !, Paris : CNRS éditions, 2013.

Bürger, Peter. Theorie der Avantgarde, Göttingen : Wallstein Verlag, 2017 (1. Aufl. 1974, Suhrkamp). 

Chartier, Roger, et Jean Lebrun. Le livre en révolutions : entretiens avec Jean Lebrun. Paris: Textuel, 1997.

Eveno, Patrick. La presse quotidienne nationale : fin de partie ou renouveau? Paris: Vuibert, 2008.

Febvre, Lucien, Henri-Jean Martin, et Frédéric Barbier (postface). L’apparition du livre. Nouv. éd. Bibliothèque de l’Évolution de l’humanité 33. Paris: A. Michel, 1999.

Fischer-Lichte, Erika, Klaus Schwind (Hrsg.). Avantgarde und Postmoderne: Prozesse struktureller und funktioneller Veränderungen, Tübingen: Stauffenburg, 1991. 

Foster, Hal. Le retour du réel. Situation actuelle de l’avant-garde, Bruxelles : La lettre volée, 2005. 

Fouché, Pascal, Daniel Péchoin, et Philippe Schuwer, (dir.). Le livre : dictionnaire terminologique des métiers du livre. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2016.

Fulacher, Pascal. Six siècles d’art du livre : De l’incunable au livre d’artiste. Paris: Citadelles & Mazenod : Musée des lettres et manuscrits, 2012.

Hecken, Thomas. Gegenkultur und Avantgarde 1950-1970, Tübingen: Narr Francke Attempto Verlag, 2006.

Hjartarson, Benedikt, Andrea Kollnitz, Per Stounbjerg, et Tania Ørum (ed.). A cultural history of the avant-garde in the Nordic countries 1925-1950. Avant-garde critical studies, volume 36. Leiden ; Boston: Brill Rodopi, 2019.

Hjartarson, Benedikt, Tania Ørum, Camilla Skovbjerg Paldam, et Laura Luise Schultz, (ed). A cultural history of the avant-garde in the Nordic countries since 1975. Avant-garde critical studies, volume 41. Leiden ; Boston: Brill, 2022.

Joyeux-Prunel, Béatrice. Naissance de l’art contemporain. 1945-1970. Une histoire mondiale, Paris : CNRS Éditions, 2021.

Mareuge, Agathe, Sandro Zanetti (dir.). The Return of DADA / Die Wiederkehr von DADA / Le Retour de DADA, Dijon : Les presses du Réel, 2022.

Moeglin-Delcroix, Anne. Esthétique du livre d’artiste : 1960-1980 : une introduction à l’art contemporain. Nouv. éd. rev. et Augm. Paris : Mot et le reste : Bibliothèque nationale de France, 2011.

Piault, Fabrice. Le livre : la fin d’un règne. Au vif. Paris: Stock, 1995.

Roberts, John, Revolutionary Time and the Avant-Garde, London / New York, Verso, 2015.

Veivo, Harri. « Le dialogue complexe entre le national et l’international dans la poésie d’avant-garde finlandaise des années 1960 », Études finno-ougriennes [En ligne], 43 | 2011, mis en ligne le 05 mars 2014, consulté le 23 mars 2023. URL : http://journals.openedition.org/efo/148 ; DOI : https://doi.org/10.4000/efo.148

Veivo, Harri. La poésie d’avant-garde en Finlande 1916-1944, Caen : Presses universitaires de Caen, 2022.

Veivo, Harri (dir.). Transferts, appropriations et fonctions de l’avant-garde dans l’Europe intermédiaire et du Nord,. Paris : L’Harmattan, 2012.

Zima, Peter V., Johann Strutz (Hrsg.). Europäische Avantgarde, Frankfurt am Main : Peter Lang, 1987. 

Zima, Peter V.. Moderne / Postmoderne. Gesellschaft, Philosophie, Literatur, Tübingen ; Basel: A. Francke Verlag, 2001 (2. überarbeitete Auflage, 1. Auflage: 1997). 

Ørum, Tania, et Jesper Olsson, éd. A cultural history of the avant-garde in the Nordic countries 1950-1975. Avant-garde critical studies, volume 32. Leiden ; Boston: Brill / Rodopi, 2016.

[1]https://www.unesco.org/fr/legal-affairs/recommendation-concerning-international-standardization-statistics-relating-book-production-and [17.04.2023]

[2] Frédéric Barbier : Histoire du livre en Occident, Malakoff, Armand Colin 2020 [12000], p. 9.

[3]Ibid., p. 7.

[4]Ibid.

[5] Pascal Fulacher : Six siècles d’art du livre. De l’incunable au livre d’artiste, Paris, Citadelles & Mazenod, 2012, p. 245.

[6] Béatrice Joyeux-Prunel : Naissance de l‘art contemporain 1945-1970. Une histoire mondiale, Paris, CNRS Éditions, 2021, p. 9.

[7] Peter Bürger: Theorie der Avantgarde, Göttingen, Wallstein Verlag, 2017 (1. Aufl. 1974, Suhrkamp), p. 167.

[8] Voir par exemple Harri Veivo (dir.) : Transferts, appropriations et fonctions de l’avant-garde dans l’Europe intermédiaire et du Nord,. Paris, L’Harmattan, 2012 ou Tania Ørum, « The Post-War Avant-Garde in the Nordic Countries ». In A Cultural History of the Avant-Garde in the Nordic Countries 1950-1975,Brill, 2016, p.1‑46

[9] Voir par exemple Christophe Bourseiller , Olivier Penot-Lacassagne  : Contre-cultures !, Paris, CNRS  éditions, 2013. Bennett, Andy. « Pour une réévaluation du concept de contre-culture ». Traduit par Jedediah Sklower. Volume ! La revue des musiques populaires, no 9 : 1 (15 septembre 2012): p. 19‑31.

[10] Artiste est compris ici au sens large et inclut les écrivains et les poètes.

Parution 2022 : Vikings !

Di Filippo, Laurent (dir.), Vikings!, Bordeaux : Les Moutons électriques, 2022, 272p. ISBN : 978-2-36183-824-9

    Résumé de l’éditeur :

    image de couverture du livre Vikings montrant un casque rouge dont un des yeux semble ouvert
    couverture du livre Vikings! Illustration de Melchior Ascaride

    Les Vikings et leurs mythes envahissent la culture populaire

    Vikings ! explore cette thématique passionnante sous la plume de dix spécialistes. Les auteurs révèlent la réalité historique des Vikings, des mythes nordiques et des sagas islandaises avant d’analyser comment les industries culturelles et créatives contemporaines se sont emparées des récits en vieux norrois.

    Des dieux aux monstres, sans oublier le quotidien des peuples du Nord, les runes, les neuf mondes, la musique et le fameux Ragnarök, la fin des temps, y sont étudiés à travers de nombreux exemples. Rejoignez les divinités Thor, Loki, Odin et Freyja mais aussi des figures majeures comme Ragnarr Loðbrók, des créatures mythiques comme les géants et le serpent de Midgard, Jörmungand, dans leurs multiples formes et itérations qui vous emporteront de la Scandinavie aux confins de l’espace.

    Table des matières :

    Alban Gautier – Des vikings aux Vikings : portraits des « hommes du Nord »

    Laurent Di Filippo – Les mythes nordiques : sources et savoirs

    Simon Lebouteiller – Les sagas islandaises

    Laurent Di Filippo – Le retour des dieux

    Nicolas Meylan – Les ennemis

    Caroline Olsson – Stéréotypes sur les Vikings : origines et persistances dans les industries culturelles

    Barbora Davidek – Héros et héroïnes Vikings

    Yohann Guffroy – Les runes, de l’écriture d’hier à la magie d’aujourd’hui

    Simon Théodore – “Gardians of Asgaard” : les vikings et les dieux du Nord dans la musique Metal

    Jules Piet – De Midgard au Valhalla : la cosmologie mythique scandinave dans la culture geek

    William Blanc – Ragnarök : un crépuscule pour toutes les saisons

    Séminaire : Nordic Metal Music (online)

    Du 13 au 15 septembre 2021, aura lieu en anglais et en ligne le Nordic Metal Music Seminar.

    Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un email en anglais à nordicmetal2019[@]gmail.com avant le 12 septembre 2021 et ainsi recevoir le lien zoom.

    L’équipe organisatrice est composée des départements suivants : Ethnomusicology Studies (University of Eastern Finland), Faculty of Polish Studies (Jagiellonian University of Krakow), International Institute for Popular Culture (University of Turku) and Kitee International Music and Art Festival (Finland).

    Pour plus d’informations et le programme : voir sur le site de l’organisation ou la page facebook de l’événement.

    Colloque : The HÍ Student Conference on the Medieval North (en ligne – 15-17 avril 21)

    The Háskóli Íslands Student Conference on the Medieval North a lieu cette année en ligne du 15 au 17 avril 2021. Ce colloque international et interdisciplinaire de jeunes chercheurs et chercheuses se déroule sur Zoom (retransmission sur Twitch) et une exposition virtuelle des posters est d’ores et déjà en ligne. (Programme, informations et liens utiles sur le site du colloque)

    Information [english] :

    HÍStudCon 2021 will be hosted online via Zoom (Meeting ID: 843 6285 5941, Passcode: 316984) and broadcast on Twitch. Note that general conference presentations and the virtual poster exhibition are free and open to all without registration. However, preregistration is required for our two keynote lectures, the virtual manuscript exhibition and the bookmaking and illuminations workshop. You can find more information on our events and sign up for free here.

    Publication : Arthur in Northern Translations

    Publication : Arthur in Northern Translations

    Nous vous annonçons la parution de
    V. Reiter and R. Jamet (Eds), Arthur in Northern Translations : Material Culture, Characters, and Courtly Influence, Münster / Berlin : Lit Verlag, Globalizing Fiction : Transdisciplinary perspectives on arts & letters as objects of cultural practice, vol. 5, 2021, 134 p.

    Couverture d’Arthur in Northern Translations

    Summary

    Arthur in Northern Translations is a compilation of some of the articles presented at two conferences organized by the Nordic Branch of the Arthurian Society (Paris 2016 – Trondheim 2018). The volume aims to showcase the richness and broad appeal of the contemporary research on Nordic translations of courtly literature, featuring articles on the Arthurian tradition in Medieval Scandinavia. As such, the articles compiled here will be of interest not only to specialists of the Medieval North, but to all interested in courtly literature and Arthurian material in general.

    V. Reiter is an independent researcher with a PhD in Scandinavian Studies (Sorbonne Université), he now works on editing his translation of the Swedish Flores och Blanzeflor in modern French.
    R. Jamet holds a PhD in Scandinavian Studies (Sorbonne Université).

    Résumé

    Arthur in Northern Translations est la compilation d’une sélection d’articles issus de deux conférences organisées par la Branche Nordique de la Société Arthurienne Internationale (Paris 2016 – Trondheim 2018). Ce volume a pour but de démontrer la richesse et l’intérêt grandissant de la recherche internationale contemporaine sur les traductions nordiques de la littérature courtoise, notamment par le biais d’articles sur la tradition arthurienne dans la Scandinavie médiévale. Ainsi, les textes rassemblés ici intéresseront non seulement les spécialistes du Nord médiéval, mais également toutes personnes intéressées par la littérature courtoise et la matière arthurienne en général.

    V. Reiter est chercheur indépendant et Docteur en Études Scandinaves (Sorbonne Université), il travaille actuellement sur sa traduction en français moderne du suédois Flores och Blanzeflor.
    R. Jamet est Docteur en Études Scandinaves (Sorbonne Université).

    References

    Here is the table of content and the abstracts / Vous trouverez ici la table des matières ainsi que les résumés des articles :

    Précisions et références sur le site de l’éditeur Lit Verlag : https://www.lit-verlag.de/isbn/978-3-643-91354-8

    Appel à Contribution : Le bonheur nordique

    Appel à Contribution : Le bonheur nordique

    Informations pratiques

    Pour le numéro 41 de la revue Nordiques à paraître, un appel à contribution à été lancé sur le thème “le bonheur nordique”. Les propositions d’article sont à adresser à yohann.aucante[a]ehess.fr avant le 15 mars 2021.

    A l’occasion de cet appel, signalons également que la revue est désormais présente sur la plateforme OpenEditions Journals, et que les numéros 36 à 39 y sont librement consultables.

    Précisions sur l’appel

    Au milieu des années 1930, le journaliste et fondateur de l’Observateur Emile Schreiber publiait un ouvrage de voyage et d’enquête sociale intitulé « Heureux scandinaves ». Il y décrivait les avancées économiques, technologiques ou sociopolitiques des peuples nordiques avec beaucoup d’enthousiasme et d’admiration tout en insinuant que ces gens-là avaient bel et bien trouvé une recette du bonheur.

    Sans entrer dans une discussion philosophique ou psychologique sur le contenu de ce dernier, ce dossier thématique de la revue entend étudier les manières dont cette idée de bonheur a été de plus en plus associée aux sociétés, aux cultures nordiques et aux individus qui les composent, dans des déclinaisons très diversifiées mais assez constantes. Ce phénomène semble culminer de nos jours avec l’industrie d’une mesure internationale du bonheur qui, de baromètre en enquêtes d’opinion, avance que les ressortissants de plusieurs de ces pays trustent régulièrement les premières places des classements. Dans le sillage de cette réputation grandissante, s’est mis en place un véritable « business » du bonheur nordique, ou peut-être plus précisément du bien-être, pour prendre une notion proche mais pas tout à fait équivalente. Cela ne va pourtant pas de soi, dans la mesure où d’autres représentations bien plus sceptiques à ce sujet se sont aussi développées, que l’on pense à la présence manifeste d’une forme de désespoir en littérature dont le suédois Stig Dagerman serait certainement un bon représentant, au pessimisme profond et à la noirceur d’un certain cinéma nordique, que l’on pourrait étendre à d’autres formes d’art. Qui n’a pas non plus entendu parler de taux de suicide ou de violences conjugales élevés qui viendraient contrebalancer cette impression diffuse de bonheur, bien que les taux en question soient aujourd’hui parfois plus mesurés qu’en France ?

    Ce dossier encourage les contributions venues de disciplines et domaines différents pour tenter de mieux cerner cette vision prégnante et néanmoins ambivalente de bonheur nordique au travers de différentes manifestations, mesures, enquêtes, tout en essayant de comprendre les évolutions temporelles de ce phénomène et de ses perceptions localement, depuis l’étranger, ou dans l’interaction.

    Séminaire 2019 : Boréalisme

    Séminaire 2019 : Boréalisme

    Tous les premiers lundis du mois (avril, mai, juin), le séminaire de recherche sur le boréalisme reprend à la Bibliothèque Nordique (Paris) de 10h à 12h. Vous y êtes les bienvenu-e-s.

    Trois séances sont prévues.

    • 8 avril 2019 : avec M. Cedergren et D. Chartier sur “Littérature du Nord, Littérature autochtone – Imagologie et méthodologie littéraire”
    • 6 mai 2019 : avec D. Rouiller sur “Le Grand Nord dans les théories du climat à la Renaissance”
    • 3 juin 2019 : avec F. Chapuis “Les fonds boréalistes de la Bibliothèque Nordique”

    Retrouvez le programme complet en pdf :

    Ainsi que sur le carnet de recherche dédié : http://borealisme.hypotheses.org

    Rencontre : John Ajvide Lindqvist – fantastique & critique sociale (19/11/18)

    Rencontre : John Ajvide Lindqvist – fantastique & critique sociale (19/11/18)

    Dans le cadre d’une journée d’étude sur le fantastique et la critique sociale,  John Ajvide Lindqvist – notamment auteur de Låt den rätte komma in – est invité à Sorbonne Université le 19 novembre 2018 de 14h à 18h30.

    Lieu : Centre Malesherbes, 108 Boulevard Malesherbes, 75017 Paris. Amphithéâtre 111.

    Contact / Inscription pour les personnes hors Sorbonne Université : l.andrea.dealba @ gmail.com

     

    Retrouvez le programme en pdf :

    Affiche J.A.L. 19 nov 18

    CFP : Voyages vers le Nord, voyages vers les pays froids

    CFP : Voyages vers le Nord, voyages vers les pays froids

    Voici l’appel à la contribution pour le numéro de septembre 2019 de la revue “Viaggiatori” (www.viaggiatorijournal.com), qui aura comme thème “Voyages vers le Nord, voyages vers les pays froids”.

    Dans l’esprit de la revue, à caractère interdisciplinaire, on accueillera les propositions de spécialistes en littérature, historiens, anthropologues et chercheurs dans le domaine politique, économique ou scientifique.

    Informations pour l’envoi des propositions :

    Les propositions en langue française, italienne ou anglaise (2000 signes, espaces compris), accompagnés d’une courte présentation biographique, sont à envoyer avant le 15 décembre 2018 à la responsable du numéro :

    Alessandra Orlandini Carcreff : alessandra.carcreff @ gmail.com

    Les propositions et les articles seront soumis à une double lecture. Les articles des contributeurs sélectionnés (55000 signes maximum, espaces et notes inclues) seront à envoyer avant le 30 avril 2019.

    L’appel à la contribution est disponible en anglais et en italien. Il pourra être communiqué par mail sur simple demande.


    Texte de l’Appel à Contribution :

    « Le sentiment de l’isolement et de l’abandon remplit l’âme du voyageur qui traverse ces déserts du Nord. Rien ne vit autour de lui, tout est silencieux et mort. » (Charles Martins, 1866)

    La représentation du Nord de l’Europe a beaucoup changé au fil des siècles.

    Dans le monde gréco-romain, le concept de Nord était toujours très relatif et non relié à une précise région géographique, de même que le terme *Septentrion*, qui localisait une zone nordique qui s’élargissait d’est en ouest, de la Britannia à la Germania et à la Scythie, était assimilé parfois à la Bulgarie, d’autres fois à la Roumanie, à la Hongrie, à la Pologne ou à la Russie. Le Nord d’Homère était le pays des Cimmériens (c’est-à-dire au nord de la mer Noire), alors que pour Ptolémée, c’était le pays des Finnoi, des tribus finnoises ou lapones, qui n’étaient pas bien localisées. Il est bien compréhensible que, quand Pythéas de Marseille revint de son long périple dans la mer du Nord, aucun savant ne lui ait fait confiance, son Peri tou Okeanou étant considéré comme un recueil de fables. Il fallut attendre Pline l’Ancien, Tacite et Ptolémée pour identifier d’abord la Scandia (la partie méridionale de la Suède) et ensuite la Scandinavie.

    Si la culture classique a le grand mérite d’avoir fait connaître le Nord de l’Europe dans ses œuvres littéraires et géographiques, elle est aussi responsable de l’image (très tacitéenne) d’un Septentrion obscur, inhabitable à cause du climat et en général négatif ; Adam de Brème et Saxo Grammaticus contribuèrent à la fixer dans la littérature médiévale. Tous ces savants fondaient leurs affirmations sur les ouvrages de référence classiques et sur les témoignages des marins et des marchands, les seuls à avoir parcouru ces régions extrêmes, pour en rapporter les fourrures et le célèbre ambre de la Baltique. Mais enfin, à partir du xve siècle, on commença à avoir quelques relations très intéressantes des premiers voyageurs (Pietro Querini, Paul Jove, Alessandro Guagnini) et trois œuvres savantes, qui peuvent être considérées encore aujourd’hui comme les fondements de la connaissance du Nord à l’époque moderne, même si encore liées à la mentalité médiévale car écrites en latin : ce sont les ouvrages de Jacob Ziegler, d’Olaus Magnus et de Johannes Scheffer. Si Ziegler reprit l’image barbare et sauvage des peuples du Nord, Olaus Magnus et Scheffer publièrent des études monographiques fondamentales pour la diffusion de la connaissance des pays nordiques en Europe. Leurs ouvrages furent souvent cités (et copiés) par les premiers voyageurs du xviie et xviiie siècle, mais on les trouve encore parmi les sources de la littérature de voyage du xixe siècle.

    La paix du Cateau-Cambrésis en 1559 assura une certaine stabilité politique dans l’Europe centrale et méridionale, ce qui favorisa la grande saison du Grand Tour, sur les pas des anciennes civilisations, en Italie, en France et en Grèce. On a la preuve de cette tendance avec le nombre réduit de voyageurs dans le Nord de l’Europe. Par contre, à partir du xviie siècle, la guerre de Trente Ans, la Révolution française et les guerres napoléoniennes produisent une progressive instabilité politique et économique de l’Europe centrale et du Sud, ce qui amène les voyageurs à choisir les parcours nordiques, plus sûrs et moins dangereux, au moins au niveau politique. Au cours du xviie siècle, le Nord est difficilement choisi à cause du « petit âge glaciaire », qui rend les régions nordiques peu attractives, mais sans doute plus sûres.

    Le xviie siècle voit donc apparaître les premiers vrais voyageurs dans le Nord ; la Laponie représente l’exotisme et attire les curieux européens. La Finlande, par contre, reste plutôt ignorée jusqu’au xixe siècle, car lorsqu’elle fait partie de la Suède, elle n’est qu’une province lointaine. Après la conquête russe, les voyageurs commencent à chercher à comprendre l’intérêt que le tsar y trouve. En outre, la cession du pays par la Suède à la Russie, sans trop de considération pour le peuple, contribue à réveiller l’instinct national chez les Finnois, qui se mettent à étudier leur ancienne culture. La publication du Kalevala et sa traduction française participent à la naissance d’un fort intérêt européen pour le pays qui a produit un poème comparable aux chants épiques anciens. Cependant, le pays nordique le plus connu en Europe (au-delà de la Russie) reste la Suède, grâce à certaines personnalités historiques et littéraires très célèbres dans l’Europe centre-méridionale, comme la reine Christine et le roi Charles XII, le maréchal français Bernadotte ou Carl von Linné.

    Le but de ce numéro spécial de Viaggiatori est d’étudier le voyage dans les pays nordiques à travers les siècles et dans l’imaginaire des voyageurs de toute origine et culture. Mais pas seulement.

    « Depuis des siècles, les artistes et écrivains du monde occidental imaginent et représentent le monde froid. Lorsque l’on s’y penche de plus près, celui-ci se décline en des imaginaires différenciés – le « Nord », la Scandinavie, le Groenland, l’Arctique, les pôles, voire l’hiver – qui se présentent le plus souvent dans un amalgame s’appuyant sur une simplification des formes – horizontalité – et des couleurs – blanc, bleu pâle, teintes rosées –, sur la présence de la glace, de la neige et de tout le registre du froid, sur des valeurs morales et éthiques – solidarité –, mais aussi, à sa jonction avec un « au-delà » où commence l’Arctique, sur la fin de l’écoumène européen et sur l’ouverture vers un monde « naturel », inconnu, vide, inhabité et éloigné : le Grand Nord. L’ensemble de ces représentations forme un système de signes, que j’appelle ici par commodité « l’imaginaire du Nord ». »

    C’est précisément sur ces paroles de Daniel Chartier que nous voulons baser notre réflexion, en ouvrant les études monographiques de ce numéro de Viaggiatori à tous les pays froids et à la poétique de l’attraction du voyageur vers le « boréalisme », ce phénomène magistralement définit ainsi par Sylvain Briens.

    Thème : Overlay par Kaira.