La revue Deshima dirigée par Roberto Dagnino et Cyrille François publie son numéro 19 / 2025 aux Presses Universitaires de Strasbourg. C’est l’occasion de publier en papier mais aussi en ligne (OpenAccess) ce numéro ainsi que les 6 dernières parutions (et plus à venir). Les numéros ainsi que les articles sont d’ores et déjà accessibles sur https://ouvroir.fr/deshima
La revue propose deux dossiers thématiques :
Le premier dossier vise à mettre en lumière les femmes invisibles ou réduites au silence de la Percée moderne. Sujet désormais très investi dans les études littéraires en français, ses manifestations dans le Nord – région encore relativement méconnue, relativement peu traduite en français, mais souvent associée à un féminisme progressiste – restent souvent négligées par les chercheur(e)s francophones. Ce dossier propose une bibliographie actualisée de ce matrimoine nordique disponible en français, comblant ainsi certaines lacunes et encourageant la création d’un réseau de recherche. Le dossier a été dirigé par Corinne François-Denève et Lynn R. Wilkinson.
Le second constitue la première partie d’un projet interrogeant les transformations des représentations culturelles du Nord, notamment à l’articulation entre les récits et les images des espaces du Nord en Europe, dans le contexte de la construction de récits constitutifs et critiques d’une forme de modernité. Les approches critiques convergent à démontrer la manière dont le Nord peut soutenir un discours idéologique (de genre, de classe, d’identité nationale) et les outils qui le façonnent. Le dossier a été dirigé par Marie-Lou Solbach et Raphaël Jamet.
Articles du n°19
Silenced Women Authors of the Nordic Area (1870-1914)
Victor Tissot, Constant Améo : Le pôle nord et le pôle sud, Firmin-Didot (Paris) 1887. CC-BY numistral.fr
Organisé par Raphaël Jamet & Thomas Mohnike
Strasbourg, 20 & 21 mai 2026
[English below]
A l’occasion de la préparation d’une exposition à la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg en 2027 consacrée à la création du Nord comme espace de désir et d’effroi dans l’histoire européenne et sa disparation à craindre, ce colloque se propose de travailler sur les grands axes de cette histoire, ses complications et sur les petits objets qui la traversent.
En effet, que nous arrivera-t-il si le Nord disparaît ? Si tout ce que nous associons au Nord n’existe plus ? La glace, la neige, le froid, la nature animée aux confins du blanc, sans arbres et vivante, réduite à l’essentiel, résiliente, et les hommes qui se sont adaptés à ces lieux ? Ces lieux sur lesquels nous avons projeté nos peurs et nos rêves pendant des siècles, ces régions que nous avons imaginées hostiles à la vie, où l’homme peut découvrir ses limites et devenir un héros ; ces paysages qui semblaient intacts, utopiques et préservés ? Cette perte touche bien sûr en premier lieu les personnes qui vivent au nord du cercle polaire, mais ne nous concerne-t-elle pas aussi ? Nous, Européens vivant au sud de ce cercle, qui n’avons pour la plupart aucune expérience directe de ces lieux, nous qui recherchons les effrois de la glace et des ténèbres, pour citer le titre du roman de Christoph Ransmayr (Die Schrecken des Eises und der Finsternis, 1984), assis confortablement dans nos fauteuils ?
Il n’est pas question de nier pour autant l’urgence écologique, politique et sociale impliquée par les changements climatiques et l’exploitation des territoires et des hommes, mais bien de s’interroger sur ces imaginaires et projections souvent nostalgiques. Pour reprendre les idées de Svetlana Boym sur l’avenir de la nostalgie, il s’agira de ne pas repenser le Nord dans une volonté restaurative, mais plutôt dans un élan réflexif (The Future of Nostalgia, 2001). Se poser ces questions est aussi une manière d’interroger nos imaginaires collectifs, leurs histoires et leurs conséquences présentes et futures dans et hors de ces espaces et cultures.
L’exposition comme le colloque sont articulés autour de 5 axes qui articulent les tensions dialectiques qui traversent l’histoire du Nord :
Perdre / imaginer : Lorsqu’on imagine quelque chose ou un quelque part nommé nord, les affects, images, désirs et peurs que nous y attachons semblent récurrentes, évolutives et en tout point collectives. Comment envisage-t-on alors la perte du référent essentiel (bien qu’inconnu et hors de toute expérience connue pour certains) de cet imaginaire, comment même le raconte-t-on ? Entre perdre et imaginer, nous proposons d’explorer cette œuvre collective, parfois conflictuelle qui porte peut être en elle-même sa propre perte. Comment penser l’imaginaire de la perte elle-même ? Peut-on concilier cette perte du nord comme réelle autant qu’imaginaire ?
Libérer / Dominer : Cette oscillation, dans le passé et dans l’écriture de ce passé se définit et structure autour d’une représentation d’espaces et de peuples qu’il faut libérer ou dominer, qui sont libres et dominants, qui se libèrent ou qui dominent. Ce Nord identifié comme celui de l’autre – géographique ou temporel – voire d’un âge d’or mythique est celui du double visage des sociétés vikings tantôt barbares, tantôt guerrières, parfois marchands pacifiques et mêmes démocrates avant l’heure, tour à tour colons et colonisés. Cette dualité est reprise à la fois par les historiographies et idéologies d’extrême droite avec cette nostalgie déjà d’une époque et son espace révolu que par les explorateurs du Nord comme Fridtjof Nansen, Roald Amundsen et les amiraux britanniques à la recherche du passage Nord-Ouest. Que devient ce canevas sur lequel les fantasmes de domination comme de libération se sont projetés, de l’ère médiévale à l’ère moderne en passant par les réinterprétations médiévalistes du 19e siècle, lorsque son référentiel, aussi construit soit-il disparaît ? Comment nous construire et nous raconter sans cet autre ? Quelle fonction la nostalgie de cette double figure a-t-elle joué et joue-t-elle encore ?
Explorer / Cartographier : Est-ce qu’on peut figer l’inconnu ? Si les récits collectifs, les instrumentalisations politiques et les écritures et réécritures de l’histoire puisent partiellement leurs sources dans un Nord jamais visité, jamais rencontré et toujours raconté, des véritables explorations sont pourtant menées au moins depuis l’époque médiévale pour découvrir des terres, des ressources naturelles comme des baleines et des phoques ; et le public admirait les explorateurs à travers des beaux ouvrages, cartes et curiosités qui en ont découlé. Ce nord des voyageurs est cette collection de cartes, d’objets, de traces et de récits qui ont nourri notre imaginaire moderne, y compris celui des sciences. Qui récolte ? Pour qui ? Où expose-t-on et fige-t-on ce Nord ? Quelles sont les zones d’ombre d’alors et comment s’intègre la notion de perte ou de nostalgie dans un relevé qui se veut aussi minutieux que possible ? A-t-on déjà peur de sa disparition ou de s’y perdre ? Ce Nord scientifique, fantasmé, politique et ses récits exogènes a pourtant maintenant déjà disparu, par le temps et le climat. Comment cet imaginaire scientifique collectif se déploie-t-il et quelle fonction a-t-il rempli, jusqu’à nous ?
Raconter / Oublier: L’une des grandes incarnations de cet imaginaire collectif à la dialectique puissante est dans les livres, les films, les jeux. L’histoire européenne de ce Nord est tout autant imaginée, écrite et réécrite dans la fiction. Le Nord est, a-t-on compris, tour à tour un décor, un acteur, un motif et un trope littéraire. Où trouve-t-on l’articulation avec la perte du Nord ? Quel est le rôle structurant narrativement de ce mythème de la perte, du vide et de l’oubli dans son association avec le Nord ? Raconte-t-on par peur de l’oublier ? Qu’en retient-on ? A force de répéter, d’en explorer les variations, prend-t-on le risque d’oublier quelque chose de ce Nord qui nous échappe ?
Exploiter / Résister / Connecter : Le Nord, les nords, les régions, les espaces nordiques sont des lieux d’habitation, de mémoire, de culture, de travail, de création, de luttes comme autant de territoires que l’on exploite jusqu’à sa perte et où l’on résiste à cette disparition. La réappropriation des imaginaires pour le tourisme comme pour la mémoire questionne par exemple le jeu entre la re-territorialisation et la nostalgie restaurative. Les mines de fer de Kiruna ont été l’occasion de la création des parcs nationaux pour conserver un élément du Nord en train d’être détruit ; les parcs nationaux à leur tour des obstacles pour la transhumances des rennes ; l’industrialisation de l’élevage des rennes une raison pour la perte d’emploi des samis ; le tourisme profitant de la richesse de ces territoires pour visiter les mines, les rennes, les montagnes, les lacs et les moustiques. Dans ce monde connecté et mondialisé, quels changements observe-t-on alors que les nords communiquent et partagent activement leurs actions comme leurs imaginaires ?
Proposition de 400 mots maximum (incluant une courte notice biographique) à envoyer à tmohnike [a] unistra.fr et rjamet [a] unistra.fr jusqu’au 31 janvier 2026. Les communications pourront être en français ou en anglais.
The Loss of the North. Trajectories of European History of the Imagined North
Organized by Raphaël Jamet & Thomas Mohnike
Strasbourg, May 20 & 21, 2026
In preparation for an exhibition at the Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg in 2027 devoted to the creation of the North as a place of desire and fear in European history and its impending disappearance, this symposium aims to explore the main themes of this history, its complications, and the small objects that inhabit it.
What will happen to us if the North disappears? If everything we associate with the North ceases to exist? The ice, the snow, the cold, the animated nature at the edge of whiteness, treeless and alive, reduced to the essentials, resilient, and the people who have adapted to these places? These places onto which we have projected our fears and dreams for centuries, these regions that we have imagined to be hostile to life, where man can discover his limits and become a hero; these landscapes that seemed untouched, utopian, and preserved? This loss affects, of course, first and foremost the people who live north of the Arctic Circle, but does it not also concern us? We Europeans living south of the Arctic Circle, most of whom have no direct experience of these places, who seek out the terrors of ice and darkness, to quote the title of Christoph Ransmayr’s novel (Die Schrecken des Eises und der Finsternis, 1984), sitting comfortably in our armchairs?
This is not to deny the ecological, political, and social urgency implied by climate change and the exploitation of territories and people, but rather to question these often nostalgic imaginations and projections. To echo Svetlana Boym’s ideas on the future of nostalgia, it is not a question of rethinking the North in a restorative mood, but rather in a reflectional one (The Future of Nostalgia, 2001). Asking these questions is also a way of questioning our collective imaginations, their histories and their present and future consequences within and outside these spaces and cultures.
Both the exhibition and the symposium are structured around five themes that articulate the dialectical tensions that run through the history of the North:
Losing / imagining: When we imagine something or some place we call the North, the emotions, images, desires, and fears we attach to it seem recurrent, evolving, and entirely collective. How, then, do we envisage the loss of the essential referent (albeit unknown and beyond the experience of some) of this imaginary, and how do we even describe it? Between losing and imagining, we propose to explore this collective, sometimes conflictual work, which may in itself carry its own loss. How can we conceive of the imaginary of loss itself? Can we reconcile this loss of the North as both real and imagined?
Liberate/Dominate: This oscillation, in the past and in the writing of this past, is defined and structured around representations of places and peoples that must be liberated or dominated, that are free and dominant, that liberate themselves or dominate. This North, identified as that of the other—geographical or temporal—or even of a mythical golden age, is that of the dual face of Viking societies, sometimes barbaric, sometimes warlike, sometimes peaceful merchants and even democrats before their time, sometimes colonizers, sometimes colonized. This duality is echoed both in far-right historiographies and ideologies, with their nostalgia for a bygone era and space, and by explorers of the North such as Fridtjof Nansen, Roald Amundsen, and the British admirals in search of the Northwest Passage. What becomes of this canvas onto which fantasies of domination and liberation have been projected, from the medieval era to the modern era, via the medievalist reinterpretations of the 19th century, when its frame of reference, however constructed, disappears? How can we construct and narrate ourselves without this other? What function has the nostalgia for this dual figure played and does it still play?
Exploring / Mapping: Can we pin down the unknown? While collective narratives, political instrumentalizations, and the writing and rewriting of history draw their sources in part from a North that has never been visited, never encountered, and always recounted, real explorations have nevertheless been carried out since at least medieval times to discover lands and natural resources such as whales and seals; and the public admired the explorers through the beautiful books, maps, and curiosities that resulted from their journeys. This North of travelers is a collection of maps, objects, traces, and stories that have fed our modern imagination, including that of science. Who collects? For whom? Where is this North exhibited and frozen in time? What are the areas of uncertainty back then, and how does the notion of loss or nostalgia fit into a record that aims to be as meticulous as possible? Are we already afraid of its disappearance or of getting lost in it? This scientific, fantasized, political North and its exogenous narratives have already disappeared, however, due to time and climate. How does this collective scientific imagination unfold and what function has it fulfilled, up to the present day?
Telling / Forgetting: One of the most powerful manifestations of this collective imaginary is found in books, films, and games. The European history of this North is just as much imagined, written, and rewritten in fiction. The North is, as we have understood, alternately a setting, an actor, a motif, and a literary trope. Where do we find the connection with the loss of the North? What is the narrative structuring role of this mytheme of loss, emptiness, and oblivion in its association with the North? Do we tell stories for fear of forgetting? What do we retain? By repeating and exploring its variations, do we risk forgetting something about this North that eludes us?
Exploit / Resist / Connect: The North, the northern regions, the northern spaces are places of habitation, memory, culture, work, creation, and struggle, as well as territories that we exploit to the point of loss and where we resist this disappearance. The reappropriation of imaginaries for tourism and memory questions, for example, the interplay between reterritorialization and restorative nostalgia. The iron mines of Kiruna provided an opportunity to create national parks to preserve an element of the North that was being destroyed; the national parks, in turn, became obstacles to reindeer transhumance; the industrialization of reindeer herding a reason for the loss of Sami jobs; tourism taking advantage of the richness of these territories to visit the mines, reindeer, mountains, lakes, and mosquitoes. In this connected and globalized world, what changes can we observe as the North actively communicates and shares its actions and imaginations?
Proposals of up to 400 words (including a short biographical note) should be sent to tmohnike [a] unistra.fr and rjamet [a] unistra.fr by January 31, 2026. Contribution may be in French or English.
In celebration of our 15th year anniversary, we are delighted to open our Call for Papers for the 2026 Háskóli Íslands Student Conference on the Medieval North. The conference shall be held on April 16th to 18th 2026, in the Edda auditorium at Háskóli Íslands and online. The conference is an interdisciplinary forum for postgraduate students (master’s and doctoral level) and early career researchers working in the field of medieval northern studies. Students who have not given papers at an academic conference before are especially encouraged to submit.
We are currently accepting abstract submissions for the fifteenth annual Háskóli Íslands Student Conference on the Medieval North. This conference theme for our 15th Conference: Stirring Up Trouble: Antagonists, Outlaws, Troublemakers, and Rebels
We welcome abstract submissions on a wide range of topics connected to this theme, including but not limited to:
Art History
Archaeology
Digital Humanities
Folklore
Gender & Queer Studies
Literary Studies
Manuscripts & Paleography
Philology
Reception of the Medieval Period
Religious Studies
Please mind that submissions provided should adhere to the theme. Interested student scholars should email their abstract of 250-300 words, along with a brief biography containing name, preferred pronouns, institution, program of study, and accessibility requirements (if any), to histudentconference[@]gmail.com by December 8th 2025.
Organisateurs : Université de Caen Normandie, CNRS, Maison de la Recherche en Sciences humaines Normandie-Caen, ERLIS, Bibliothèque de Caen
5/11, Atelier « Parlons plante(s) » : laboratoire ouvert, à partir de 14h à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville
13/11, Atelier « Parlons plante(s) » : 16h, Bât. I (MLI), Li 213
20/11, Atelier « Parlons plante(s) » : 16h, Bât. I (MLI), Li 132
20/11, Conférence de Malin Isaksson : « Les dieux d’Asgard, version fanfiction » : 15h, Bât. N, Amphithéâtre Vauquelin
21/11, Journée d’étude « La réception des mythes nordiques », avec Laurent DI FILIPPO & Malin ISAKSSON : à partir de 9h30, Bât. I (MLI), Li 160
21/11, Rencontre littéraire avec l’auteur suédois Ulf Peter Hallberg et son traducteur Alain Gnaedig autour du roman Le messager du Nord modérée par Harri Veivo : 17h, Bât. I (MLI), Li 160
25/11, Soirée hygge & bookclub autour du livre Miss Islande de Auður Ava Ólafsdóttir : à partir de 18h, Bât. I (MLI), Li 129
26/11, Atelier « Parlons plante(s) » : laboratoire ouvert, à partir de 14h à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville
27/11, Séminaire « Poétiques sociales des pays nordiques » : 17h30, Bât. I (MLI), Li 160
Mélanie TAQUET (Université de Caen Normandie) : « L’armée blanche dans la littérature finlandaise : construction et démystification d’un héroïsme »
Johannes HJELLBREKKE (Université de Bergen) : « La guerre des écrivains norvégiens : les prises de positions politiques dans le champ littéraire norvégien sous la Seconde Guerre mondiale »
Les évènements sont ouverts à tous.
PDF du cycle de manifestations téléchargeable ci-dessous.
Les actes de la journée d’études organisée à l’Université de Strasbourg en 2024 sont maintenant publiés par Florence Fix, Corinne François-Denève et Solenne Guyot dans Les publications numériques du CEREdi à l’Université de Rouen pour redécouvrir l’oeuvre du dramaturge norvégien… au delà de ses frontières nordiques et littéraires !
Traduire la littérature de l’Europe du Nord à l’ère technologique : reconfigurations culturelles, enjeux politiques et mutations professionnelles
Le monde de la traduction et de la littérature traverse actuellement une phase de profonds bouleversements. Ces évolutions remettent en question des méthodologies bien établies, des hiérarchies institutionnelles, des pratiques professionnelles, mais aussi des imaginaires culturels et littéraires. Elles affectent également les formations universitaires et les modes de circulation des textes, redessinant les contours du champ littéraire mondial.
Pour une revue comme Deshima, consacrée aux relations culturelles, littéraires et linguistiques entre l’Europe du Nord et le monde francophone, il nous semble essentiel, à la veille de son vingtième anniversaire, de consacrer un numéro thématique à la traduction, à l’orée de ces transformations. L’objectif est d’étudier comment des voix issues d’aires linguistiques et géographiques moins dominantes – en raison d’un nombre de locuteurs modeste ou d’un manque de visibilité dans les circuits dominants de la traduction – ont su se faire entendre et d’évaluer ce que peut modifier l’évolution des pratiques traductives.
Ce numéro souhaite notamment mettre en lumière les liens entre les littératures du Nord et du Sud, que ce soit à travers des réseaux historiques de traduction, des logiques d’asymétrie linguistique, ou des circulations indirectes par le biais de langues intermédiaires (comme le français ou l’anglais). Il s’agit aussi d’interroger les écarts – mais aussi les zones d’échange – entre « grandes » et « petites » langues, entre aires centrales et périphériques, entre pratiques traditionnelles et défis liés à l’émergence de nouvelles technologies.
Pour son 20ᵉ numéro, Deshima lance donc un appel à contributions sur le thème de la traduction littéraire, envisagée à la fois comme pratique textuelle, enjeu culturel, réalité socio-économique et objet politique. Les propositions pourront s’inscrire dans une perspective synchronique (études de cas contemporains, état des lieux actuels) ou diachronique (histoire des pratiques et des institutions de traduction).
Voici quelques axes thématiques possibles (liste non exhaustive) :
Corpus traduit. Quel·le·s auteur·e·s et quelles œuvres sont traduits ? Qui est canonisé à travers la traduction ? Certains pays sont-ils sous-représentés ? Certains genres sont-ils davantage traduits (roman, polar, jeunesse, etc.) ?
Traducteur·ices. Qui traduit ? Traduisent-ils/elles de plusieurs langues ? Quel est le rôle du genre, de la formation ou du statut professionnel dans cette activité ?
Édition et publication. Quel·le·s maisons d’édition, collections ou réseaux éditoriaux structurent le champ de la traduction littéraire ?
Institutions et politiques. Quelles structures (États, fondations, programmes européens, etc.) soutiennent ou orientent les politiques de traduction ?
Réception. Quelle est la visibilité des traductions dans la critique littéraire, la presse, les médias spécialisés ? Comment les traductions du Nord sont-elles reçues dans les espaces francophones (et inversement) ?
Aspects linguistiques et stylistiques. Quels défis posent les structures grammaticales, la syntaxe ou la prosodie des langues du Nord dans la traduction littéraire ?
Paratextes et stratégies éditoriales. Quelle place occupent les préfaces, notes, choix typographiques ou stratégies éditoriales dans l’accueil des traductions ?
Étrangéisation vs. domestication. Les traductions valorisent-elles l’« exotisme » de la culture source, ou cherchent-elles à l’effacer au profit d’une lecture qui rend les œuvres plus familières au lectorat cible ?
Traductions indirectes (ou relais). Quel rôle le français joue-t-il comme langue de passage ? Certaines œuvres du Nord sont-elles traduites à partir de l’allemand, de l’anglais ou d’une autre langue ?
Traduction humaine vs. automatique. Comment les traducteurs littéraires du Nord (et d’ailleurs) perçoivent-ils les avancées de la traduction neuronale ? Quels débats ont cours dans ces milieux ?
Dans la revue Deshima, une attention particulière est portée aux langues nationales de la Scandinavie (et au finnois, à l’islandais, etc.), ainsi qu’au néerlandais. Le comité de rédaction encourage également les propositions portant sur des langues moins diffusées (comme le frison ou d’autres langues nordiques minorées), ou sur des espaces géographiques historiquement connectés à l’Europe du Nord.
Les études comparatives, les analyses de traductions vers d’autres langues que le français, ou encore les travaux sur les dynamiques croisées de traduction (via le français, ou entre espaces culturels) seront également les bienvenus, pourvu qu’un lien explicite soit établi avec la sphère francophone.
Les propositions devront être envoyées à Roberto Dagnino (dagnino@unistra.fr) et Cyrille François (cyrille.francois@unil.ch) avant le 15 septembre 2025. Elles comprendront :
un titre ;
un résumé de 200 à 300 mots ;
5 mots-clés ;
une courte notice biographique (5-6 lignes).
Une réponse sera transmise aux auteur·e·s début octobre. Les articles complets seront attendus pour le 31 janvier 2026. Après évaluation en double aveugle, les textes acceptés seront publiés dans le numéro de novembre 2026.
Translating Northern European Literature in the Digital Era: Cultural Reconfigurations, Political Stakes, and Professional Transformations
The fields of translation and literature are currently undergoing profound transformations. These developments are challenging well-established methodologies, institutional hierarchies, professional practices, as well as cultural and literary imaginaries. They also impact university curricula and the modes through which texts circulate, thereby reshaping the contours of the global literary landscape.
For a journal like Deshima, devoted to the cultural, literary, and linguistic relations between Northern Europe and the Francophone world, it seems essential—on the eve of its twentieth anniversary—to dedicate a thematic issue to translation in the context of these transformations. The objective is to examine how voices emerging from less dominant linguistic and geographical areas—whether due to a smaller number of speakers or a lack of visibility in the dominant translation circuits—have managed to make themselves heard, and to assess the extent to which evolving translation practices are contributing to this shift.
This issue aims in particular to shed light on the connections between Northern and Southern literatures, whether through historical translation networks, dynamics of linguistic asymmetry, or indirect circulations via intermediary languages (such as French or English). It also seeks to explore the gaps—and the exchange zones—between “major” and “minor” languages, between central and peripheral regions, and between traditional practices and the challenges arising from new technologies.
For its 20th issue, Deshima is therefore launching a call for contributions on the theme of literary translation, considered as a textual practice, a cultural stake, a socio-economic reality, and a political object. Contributions may adopt a synchronic perspective (case studies of the present day, current overviews) or a diachronic one (historical studies of translation practices and institutions).
Possible thematic axes include (non-exhaustive list):
Translated corpus. Which authors and works are being translated? Who is canonised through translation? Are certain countries under-represented? Are some genres more frequently translated (novels, crime fiction, children’s literature, etc.)?
Translators. Who translates? Do they work from multiple languages? What role does gender, training, or professional status play in this activity?
Publishing and distribution. Which publishing houses, series, or editorial networks structure the field of literary translation?
Institutions and policies. Which institutions (States, foundations, European programmes, etc.) support or influence translation policies?
Reception. What visibility do translations have in literary criticism, the press, and specialist media? How are translations from the North received in Francophone contexts (and vice versa)?
Linguistic and stylistic aspects. What challenges are posed by the grammar, syntax, or prosody of Northern languages in literary translation?
Paratexts and editorial strategies. What role is played by prefaces, notes, typographical choices, or editorial strategies in the reception of translations?
Foreignisation vs. domestication. Do translations highlight the “exoticism” of the source culture, or do they seek to erase it in favour of a reading experience more familiar to the target audience?
Indirect (relay) translations. What role does French play as a bridge language? Are some works from the North translated via German, English, or another language?
Human vs. machine translation. How do literary translators in the North (and elsewhere) perceive the advances in neural translation? What debates are taking place in these circles?
In the journal Deshima, special attention is given to the national languages of Scandinavia (and to Finnish, Icelandic, etc.), as well as Dutch. The editorial board also encourages proposals concerning lesser-used languages (such as Frisian or other minoritised Nordic languages), or on geographical areas historically connected to Northern Europe.
Comparative studies, analyses of translations into languages other than French, or research on cross-translation dynamics (via French, or between cultural spaces) are also welcome, provided a clear link is established with the Francophone sphere.
Submission Guidelines
Proposals must be sent to Roberto Dagnino (dagnino@unistra.fr) and Cyrille François (cyrille.francois@unil.ch) by 15 September 2025. They should include:
• a title; • an abstract of 200 to 300 words; • 5 keywords; • a short biographical note (5–6 lines).
Authors will receive a response in early October. Complete articles will be expected by 31 January 2026. Following double-blind peer review, accepted texts will be published in the November 2026 issue.
Tout au long du XVIIIe siècle, les pays scandinaves font l’objet d’un nombre croissant de descriptions, tout en conservant la réputation de contrées mystérieuses et méconnues. Cet ouvrage s’interroge sur ce double phénomène en se focalisant sur des textes issus de l’espace germanophone, alors un haut lieu de la production et de la diffusion des représentations sur le Nord scandinave. Ce dernier y apparaît comme l’une des frontières de l’Europe dite « civilisée », dont la description reflète les nombreuses réflexions menées par les élites européennes sur les paysages, l’économie, la politique, l’éducation, la liberté, les différences entre les peuples ou encore – et surtout – les vices et les vertus du progrès de la « civilisation ».
Cours de master à distance (7, 5 ECTS) dispensé en suédois et en anglais à l’Université de Stockholm à l’automne entre le 1er septembre et le 15 octobre 2025
Pour être admis au cours, l’étudiant doit avoir une Licence et avoir étudié une langue scandinave pendant deux semestres (ou avoir le niveau Svenska 3).
Pour déposer une demande, suivre un des deux liens suivants :
Enseignants : Professeure Mickaëlle Cedergren et Professeure Cecilia Schwartz
Descriptif du cours en français :
Le Nord dans la littérature : imaginaires, attentes et négociations
L’objectif du cours est d’examiner comment les représentations du Nord apparaissent et sont construites à l’intersection des cultures romanes et scandinaves. En étudiant principalement les traductions suédoises et la réception de la littérature et de la culture provenant principalement des régions linguistiques romanes, les étudiants s’exerceront à reconnaître et à analyser les notions, les attentes et les négociations nordiques qui apparaissent lorsque la littérature et la culture provenant des régions linguistiques romanes et autres interagissent avec un public nordique. Le cours vise également à faire comprendre comment d’autres cultures peuvent façonner l’identité nordique. Le cours se fonde sur les théories de la traduction et de la réception ainsi que sur des concepts théoriques tels que la nordicité et le boréalisme, et s’inspire méthodologiquement de domaines tels que la narratologie, l’imagologie et le postcolonialisme. Différents types de documents sont étudiés, tels que des manuels d’enseignement des langues, des traductions, des paratextes, des présentations d’auteurs, des critiques littéraires et des articles de journaux et de magazines, des blogs…
Staging Medieval Memories in Outside Western Europe / Mise en scène des mémoires médiévales en dehors de l’Europe occidentale
Organized by / organisé par Tatiana Victoroff (Université de Strasbourg), Thomas Mohnike (Université de Strasbourg), Giuseppina Giuliano (University of Salerno), Yordan Lyutskanov (Bulgarian Academy of Sciences) and Alexander Medvedev (independent scholar)
Since the 19th century, the Middle Ages have often been made up of mythemes such as castles, forests, princesses, knights and unicorns, which may meet populations living in the desert to the south, decadence or barbarism to the east and savage Vikings to the north on the margins, but the latter act as representatives of the Other, the Stranger. Indeed, these imaginative geographies reflect the European geopolitical and cultural situation of the 19th century, with France and Great Britain at the centre and the rest of Europe in the periphery and even on the margins. In the fictional medieval world, these geographies have changed little to the present day, even when adapted for use in new media. However, from these supposed margins, writers, artists and other cultural mediators have launched projects to update and reuse medieval sources and ideas for their own cultural, aesthetic and political projects. This conference aims to explore the medieval strategies of authors from Eastern, Central and Northern and what was later called East-Central Europe, who often construct their visions of the Middle Ages in tension with the dominant discourses of medievalism.
We are particularly interested in studies that cross the boundaries of traditional disciplines and propose case studies in which actors, artefacts or media from different parts of these supposed margins interact. Such studies might, for example, focus on the function of the Byzantine and Muslim worlds, since the imagined encounter with actors from an even more distant East often serves as an incentive for the dramatic logic of national myths.
Depuis le XIXe siècle, le Moyen Âge est souvent constitué de mythèmes tels que châteaux, forêts, princesses, chevaliers et licornes, qui peuvent rencontrer à la marge des populations vivant dans le désert au sud, la décadence ou la barbarie à l’est et les sauvages vikings au nord, mais ces derniers agissent comme des représentants de l’Autre, de l’Étranger. En effet, ces géographies imaginatives reflètent la situation géopolitique et culturelle européenne du XIXe siècle, avec la France et la Grande-Bretagne au centre et le reste de l’Europe à la périphérie, voire en marge. Dans le monde médiéval fictif, ces géographies ont peu changé jusqu’à aujourd’hui, même lorsqu’elles sont adaptées aux nouveaux médias. Cependant, à partir de ces marges supposées, des écrivains, des artistes et d’autres médiateurs culturels ont lancé des projets visant à actualiser et à réutiliser les sources et les idées médiévales pour leurs propres projets culturels, esthétiques et politiques. Cette conférence vise à explorer les stratégies médiévales des auteurs de l’Est, du Centre et du Nord de l’Europe et de ce qui a été appelé plus tard l’Europe centrale et orientale, qui construisent souvent leurs visions du Moyen Âge en tension avec les discours dominants du médiévalisme.
Nous sommes particulièrement intéressés par les études qui dépassent les frontières des disciplines traditionnelles et proposent des études de cas dans lesquelles interagissent des acteurs, des artefacts ou des médias provenant de différentes parties de ces marges supposées. De telles études pourraient, par exemple, se concentrer sur la fonction des mondes byzantin et musulman, puisque la rencontre imaginée avec des acteurs d’un Orient encore plus lointain sert souvent d’incitation à la logique dramatique des mythes nationaux.
For transmission online, please contact Lucie Bleger (lucie.bleger@etu.unistra.fr) for the link.
Agent.e.s de la magie imaginé.e.s dans la littérature médiévale scandinave / Les mers septentrionales dans les textes et les images
Un premier dossier sur les agents de la magie imaginés dans la littérature médiévale scandinave, un second sur les mers septentrionales dans les textes et les images.
Dans ce nouveau numéro, DESHIMA propose un double voyage thématique à la découverte de l’imaginaire de l’Europe du Nord. Avec un premier dossier, sur les agents de la magie imaginés dans lalittérature médiévale scandinave, qui montre à quel point la pratique de la magie imprègne la littérature norroise. Son étude éclaire notamment la confrontation des imaginaires chrétien et païen en Scandinavie. Et un second sur les mers septentrionales dans les textes et les images, interrogeant la manière dont des espaces à la fois liminaux et sans limites contribuent paradoxalement à la définition de soi.
Dans la section des Savants mélanges, deux contributions invitent à l’exploration des œuvres des écrivain néerlandais Willem Frederik Hermans et Benno Barnard. Une traduction d’un fragment du roman Jour de chance, de Nelleke Noordervliet, complète le numéro.
Agent·e·s de la magie imaginé·e·s dans la littérature médiévale scandinave
La magie et l’étranger-roi ou comment définir le seiðr — Nicolas Meylan
The Practitioners of Magic and the Old Norse Concept of Power — Lucie Korecká
Once More, with Feelings. Agents of Magic and their Emotions in Egils Saga — Gaïa Perreaut
La « magie runique » et ses protagonistes dans la littérature norroise — Alessia Bauer
The Wizard and the Soothsayer. Prophecies, Apparitions, Protecting Spirits, and Evil Demons in Oddr Snorrason’s Óláfs Saga Tryggvasonar — Francesco Sangriso
Giants, Witches, and Giant Witches. Comparing the Agents of Magic in the Gesta Danorum and the Heimskringla — Jules Piet
Þórhalls þáttr knapps. A Re-evaluation of the Portrayal of Magic and Otherness — Solveig Bollig
Les mers septentrionales dans les textes et les images
Mers du Nord. Un voyage en mer en guise d’introduction — Claire McKeown, Thomas Mohnike
Of Whales and Men. Caitríona O’Reilly’s Septentrional Voyage in “The Sea Cabinet” (2006) — Christelle Serée-Chaussinand
On Freedom, Dreams, Wisdom, Life. About Björn Larsson’s Northern Sea(s) — Davide Finco
L’Eau et les rêves. Le Neck et les filles d’Ægir de Blommér vu par Victoria Benedictsson — Maria Hansson
La mer dans Herr Arnes penningar de Selma Lagerlöf — Anders Löjdström
Till Havs! Till Havs! Appel du large et retour au rivage dans les versions de 1868 et 1899 du manuel scolaire suédois Läsebok för folkskolan — Roger Marmus
Savants mélanges
De la « chambre noire » à la « chambre claire ». L’obscurité éclairante de Willem Frederik Hermans — Sasha Richman
Des mots devenus mouettes. De l’anglo(pédo)philie selon Benno Barnard — Daniel Cunin
Arts et lettres
Jour de chance. Lucky Day de Nelleke Noordervliet — Dorian Cumps