Le département d’études nordiques et le laboratoire CRISCO organisent deux événements autour de la thématique de la langue, du vivant et de l’environnement, en collaboration avec le festival les Boréales :
Atelier de traduction avec le traducteur Sébastien Cagnoli : Traduire le Nord, la nature, les vivants
Le jeudi 21 novembre, à 16h, salle LI160, bâtiment I (MLI)
L’acte de traduire permet d’éveiller à d’autres langues, à d’autres univers. Il fait du lien. Quand la traduction est en plus l’occasion de partager des mots de la nature alors elle permet aux lecteurs de s’interroger : Comment les hommes, ailleurs sur cette planète, vivent avec la nature ? Quelles relations pouvons-nous tisser avec elle pour la considérer comme faisant partie de nous ? C’est par cette double mission : de passeur de récits et de sensibilisation aux questions de la nature que le métier de traducteur, traductrice, devient, au regard de l’écosystème du livre, écologique par nature.
Journée d’étude Les mots de la nature – la langue du vivant
Le vendredi 22 novembre, à partir de 10h, l’auditorium de la bibliothèque Alexis de Tocqueville
Cette journée d’étude s’intéresse aux liens entre l’environnement et la langue dans les pays nordiques. Comment parle-t-on du paysage et de la nature ? Quelles traces les langues nordiques portent-elles des environnements dans lesquels on les utilise ? De quelles manières la nature boréale nous parle-t-elle ? La journée d’étude réunit des spécialistes en écolinguistique, en langues indigènes, en traduction, en anthropologie, en études littéraires et culturelles. Elle réserve une place de choix au dialogue entre recherche scientifique et expression artistique. L’évènement se termine par une rencontre littéraire avec Maria Turtschaninoff, auteure du roman « Nevabacka : Terre des promesses » (Éditions Paulsen, 2024).
Le lien entre identité religieuse luthérienne et culture du consensus dans l’univers scandinave (et en Suède plus particulièrement) a fait l’objet, au cours des dernières décennies, d’analyses fécondes – qui ont mis en lumière les sources religieuses et doctrinaires de différents traits des « modèles nordiques » : de l’éducation à l’État-providence, de la musique à l’urbanisme. Dans la notion de Statskyrka – que la folkhem sociale-démocrate a préservée jusqu’à l’aube du 3e millénaire – une notion de légitimité politique est foncièrement attachée au respect d’une orthodoxie. Dès lors, sur les notions de pluralisme, ou de désordre spirituels, s’étend l’ombre de l’hérésie.
Le programme du séminaire présenté ci-dessous se propose de saisir les implications culturelles de ce modèle par ses marges – en se penchant sur des trajectoires intellectuelles et biographiques marquées à la fois par l’altérité religieuse et par la remise en cause « scandaleuse », sous différentes formes (récit de voyage, conversion…) de l’ethos et de la spiritualité dominantes.
Dans quelques cas, ces postures (une autre face, pourrait-on spéculer, du primat de la conscience individuelle dans l’échelle des valeurs protestantes) amènent au scandale ; dans d’autres, au rejet, à l’exil intérieur, ou à l’émigration. Parfois à une contribution féconde au débat d’idées, dont la singularité s’enracine, aussi, dans une vision du monde antagoniste au mainstream.
Par la diversité des exemples régionaux et des cas historiques traités (du Stormaktstid à la folkhem) le programme essaie de capturer la continuité, mais aussi les inflexions diverses du phénomène de la dissidence religieuse (entre résistance culturelle et choix individuel) – en ouvrant vers le multiculturalisme contemporain, qui fait de l’altérité non plus la figure du péché, mais une dimension (sous certaines conditions) légitime et valorisée.
PROGRAMME DES SÉANCES
14h-16h
14 Octobre 2024
Bât. 4 Patio – salle 4202 (2e étage)
Tomas LINDBOM, journaliste et écrivain (Stockholm)
« L’exception Tage Lindbom (1909-2001) : un critique de la sécularisation au cœur de la modernité politique suédoise ».
Présenté par Piero S. Colla (MGNE – Strasbourg)
25 Novembre 2024
Bât. 4 Patio – salle 4202 (2e étage)
Lisa CASTRO, université Toulouse II Jean Jaurès, Laboratoire FRAMESPA
« Les reines Désirée et Joséphine de Suède et de Norvège : deux catholiques à la cour de Suède (1810-1872) ».
Présenté par Alessandra Orlandini Carcreff (MGNE – Strasbourg)
9 Décembre 2024
MISHA – sale 140 Océanie
Pehr ENGLÉN , université de Fribourg (Allemagne)
« Du désenchantement à l’ésotérisme : les sources conceptuelles de Lars Gustafsson en tant qu’intellectuel engagé ».
20 Janvier 2025
MISHA – salle de la table ronde
Présentation de l’ouvrage Forgotten Roots of the Nordic Welfare State in Protestant Cultures, à la présence des responsables du volume : Thomas Mohnike et Søren Blak Hjortshøj
17 Février 2025
MISHA – salle de la table ronde
Alessandra ORLANDINI CARCREFF, université de Strasbourg, MGNE
« Les Samis païens en Suède chrétienne, une cohabitation controversée : la Lapponia de Johannes Scheffer (1675) ».
17 Mars 2025
MISHA – salle de la table ronde
Pierre SALVADORI, Sorbonne Université, Centre Roland Mousnier, UMR 8596
« Cartographies d’exil : résistances savantes à la Réforme suédoise au XVIe siècle ».
Présenté par Alessandra Orlandini Carcreff (MGNE – Strasbourg)
14 Avril 2025
MISHA – salle de la table ronde
Piero S. COLLA, laboratoires Agora et MGNE
« Rhétoriques de l’altérité dangereuse face au conflit mondial : la mobilisation du Göteborgs Handels- och Sjöfarts-Tidning en faveur des réfugiés juifs comme révélateur ».
Illustration par Montader de Sigrid, moeurs suédoises de Mme Louise Hameau et Mme Fernande de Lysle (Paris, 1889, disponible sur Gallica)
Organisé à Université de Haute-Alsace, Mulhouse, France, les 27-28 février 2025
Deadline / Date de tombée : 10 septembre 2024
Nous choisissons de désigner par “Europe du Nord” l’ensemble des régions bordées par la mer du Nord et la mer Baltique, du Royaume-Uni au nord-ouest de la Russie, auxquelles on ajoutera l’Islande.
Le colloque aura pour objet d’étudier les voyages d’écrivaines (dans le sens large de personnes ayant produit des écrits) dans cette partie du monde au cours du “long dix-neuvième siècle”, selon l’expression d’Eric Hobsbawm. La période serait symboliquement bornée par les Lettres écrites lors d’un court séjour en Suède, en Norvège et au Danemark de Mary Wollstonecraft (1796) et la Croisière au cap Nord, voyage en Suède, Norvège, Danemark, à travers le centre de l’Europe de Mme Deblangy (1911).
Les perspectives adoptées sont délibérément transversales. Les spécialistes de littérature comparée, des littératures nationales européennes, mais aussi d’histoire économique et culturelle, de littérature viatique, d’études de genre, d’histoire de l’art, de rapport entre texte et image, ou encore de sociologie, sont invités à proposer des communications.
Diverses pistes peuvent être envisagées, parmi lesquelles :
Réalités du voyage
On s’intéressera aux aspects pratiques et logistiques. Qui sont ces voyageuses, pourquoi et comment ont-elles voyagé, par quels moyens de locomotion ? Sont-elles seules ou accompagnées? Font-elles un “grand tour” au féminin ? Ces mobilités sont-elles volontaires ou forcées ? On se demandera quel impact ces aspects pratiques ont pu avoir sur l’expérience viatique.
On pourra s’intéresser à la relation des voyageuses aux conditions climatiques et aux paysages comme objets d’expérience réelle ou imaginaire. Une perspective écologique, au sens large, montrera les rapports entre l’appréhension des espaces naturels et l’expérience sociale.
Les communications pourront s’intéresser au contexte politique, dans une zone ayant connu au cours du siècle des événements majeurs (reconfigurations multiples de la Scandinavie, domination russe sur les provinces baltes, partage de la Pologne entre puissances impériales, guerres prusso-danoises, etc.).
L’importance du contexte religieux pourra être étudiée, dans des régions à dominante protestante (Islande, Royaume-Uni, Allemagne du nord, Scandinavie, Finlande, Lettonie, Estonie), mais aussi catholique (Lituanie, Pologne, Belgique et nord de la France), voire orthodoxe (Saint-Pétersbourg et la partie de la Russie bordant le golfe de Finlande), avec des zones de friction comme aux Pays-Bas.
Approches culturelles
Les communications pourront s’interroger sur d’éventuelles spécificités de ces voyages par rapport à ceux de voyageuses et voyageurs dans d’autres régions du monde. Quelle vision de l’Europe septentrionale est véhiculée par les écrivaines voyageuses ? Varie-t-elle selon que ces dernières sont originaires de l’une des régions concernées, ou bien d’autres parties de l’Europe et du monde ?
Peut-on identifier des clichés ou stéréotypes d’un exotisme boréal ? A travers leurs textes, des exemples d’influence entre les différents pays ou régions envisagés pourront être étudiés, comme l’intérêt particulier des Britanniques pour la Scandinavie tout au long du siècle, ou les relations instaurées entre le Danemark et la Russie à l’occasion du mariage de la princesse Dagmar et du futur Alexandre III en 1866.
Poétique du voyage
On analysera les centres d’intérêt des voyageuses (géographie, politique, société, arts et littérature…), ainsi que leurs prismes idéologiques ou esthétiques, en prenant en compte la nature de leurs écrits : récits, carnets de voyage, comptes-rendus, journaux intimes, fictions inspirées de voyages réels, articles ou reportages de presse. On examinera en particulier le rapport avec le roman, par exemple dans le cas de Fernande de Lysle. De même, quid du voyage fantasmé, comme dans les poésies de Renée Vivien traduites du norvégien ?
Les communications pourront aussi s’interroger sur d’éventuelles spécificités de ces voyages, et du récit de ceux-ci, par rapport à ceux des hommes.
Enfin, l’étude des images qui accompagnent parfois ces récits sera la bienvenue.
Seront particulièrement appréciées les propositions qui, au moins tangentiellement, abordent les questions suivantes : l’idée d’un monde commun que serait « l’Europe du Nord » transparaît-elle, que ce soit à partir d’un sentiment d’appartenance ou d’extériorité ? Si oui, quels en sont les fondements (géographiques, culturels, religieux…) ? L’environnement naturel est-il mis en rapport avec la société, la morale ou la culture ? Ces idées prennent-elles des formes particulières du fait que les écrits soient ceux de femmes ?
Les communications (en français ou en anglais) pourront porter sur des écrits produits dans n’importe quelle langue durant le long dix-neuvième siècle, dans une perspective qui peut être comparatiste. Toutes les approches critiques sont bienvenues.
Modalités de soumission
Les propositions de communication (en français ou en anglais, 300 mots maximum + brève bio-bibliographie) sont à envoyer pour le 10 septembre 2024 à voyageusesnord@gmail.com
Nous avons le plaisir d’annoncer la parution du numéro 6 de la revue Quaderna autour du “Nord magnétique” !
L’expression « Nord magnétique », choisie comme titre pour le présent dossier, recouvre la variabilité d’une notion suspendue entre, d’une part, un point d’ancrage apparemment fixe, un « vrai Nord », et, d’autre part, ses déclinaisons dans des identités culturelles multiples. Elle permet de conceptualiser deux aspects structurants de la représentation du Nord dans les cultures européennes qui sont au cœur de cette publication : le rôle de la position du sujet – celui qui tient la boussole – dans la construction de Nords multiples, et l’oscillation entre exotisme et familiarité, plasticité et essentialisme, reflétant les forces magnétiques produisant une narration dynamique du Nord.
Dossier dirigé par Claire McKeown, Jeremy Tranmer et Kerstin Wiedemann (Université de Lorraine)
Le texte intégral est accessible via ce lien : revue Quaderna.